Hassan Waberi Souleiman, président de la fédération djiboutienne et membre du comité exécutif de la CAF, a été destitué pour détournement de cinq cent mille dollars des fonds de la FIFA. Mais Gianni Infantino, accusé de corruption de masse, continue de le soutenir , comme ce sont des voleurs en bande organisée
La FIFA de Gianni Infantino a encore frappé. Alors que le président de la Fédération djiboutienne de football (FDF), Souleiman Hassan Waberi, a été destitué le 5 octobre 2026 par une assemblée générale extraordinaire de 39 délégués de clubs, réunis sous la protection de la police nationale, l’instance mondiale a décidé de voler à son secours. Dans une lettre datée du 13 octobre 2026, la FIFA et la CAF ont refusé de reconnaître cette destitution, exigent le retour immédiat du « Comité directeur légitime » et accordent un délai de 48 heures à la FDF pour confirmer la reprise de ses fonctions. Une décision qui sent le souffre et qui confirme, s’il en était encore besoin, que la FIFA est devenue une organisation mafieuse, un clan de faussaires protégés par un président corrompu.

Waberi n’est pas n’importe qui. Membre du Conseil de la FIFA et du Comité exécutif de la CAF, il est un proche allié de Gianni Infantino. Il a été l’un des rares à soutenir publiquement le projet de privatisation de la Coupe du monde, le fameux « FIFA Forward Enterprise », qui a été rejeté par la quasi-totalité du monde du football. En août 2026, il avait réaffirmé son soutien à Infantino en ces termes : « Je réaffirme mon soutien au Président de la FIFA, Gianni Infantino, et à toutes les initiatives visant à promouvoir le développement durable, transparent et inclusif du football mondial ». Une déclaration qui ressemble fort à un remerciement anticipé pour les services rendus.
Mais les services en question ne sont pas ceux que l’on croit. Car Souleiman Waberi est accusé de détournement de fonds d’une gravité exceptionnelle. Une inspection gouvernementale menée en 2024 a détecté des irrégularités administratives et financières pour un montant supérieur à 650 000 dollars, incluant l’usage irrégulier de fonds en espèces, des anomalies dans les procédures de passation de marchés et une évasion fiscale sur les salaires du personnel de la fédération. Plus de 500 000 dollars auraient été retirés en espèces sur une période de deux ans, sans justification adéquate. Entre 2016 et 2022, la FDF a perçu 11,4 millions de dollars du programme FIFA Forward, auxquels s’ajoutent plusieurs millions supplémentaires depuis. Et pourtant, le centre technique national est en ruine, l’académie de Douda accumule les retards, et les infrastructures promises ne voient pas le jour. Où est passé l’argent ? La question est sur toutes les lèvres. Mais la FIFA, elle, a déjà sa réponse : dans un courrier, l’instance affirme que les audits financiers menés sur la fédération étaient « rigoureux » et n’ont identifié « aucun problème ». Une affirmation qui laisse pantois, quand on sait que 500 000 dollars ont été retirés en cash, sans facture ni traçabilité, sur le compte de la FDF.
La FIFA ne se contente pas de fermer les yeux. Elle menace désormais Djibouti de suspension. Selon plusieurs sources, l’instance mondiale serait prête à suspendre la fédération djiboutienne si le « Comité directeur légitime » n’était pas rétabli dans ses fonctions. Une suspension qui aurait des conséquences catastrophiques pour le football djiboutien : exclusion des compétitions internationales, gel des financements, mise à l’écart des clubs et de la sélection nationale. Mais derrière cette menace, une réalité bien plus sombre : la FIFA utilise la suspension comme une arme pour protéger un homme accusé de détournement de fonds, un allié fidèle d’Infantino, un membre de son propre Conseil. Car si Djibouti est suspendu, les clubs et les joueurs paieront le prix d’une guerre qui n’est pas la leur. Et Waberi, lui, pourra continuer à gérer les millions de la FIFA en toute impunité.
L’affaire est d’autant plus scandaleuse que Waberi a déjà été arrêté en septembre 2024, dans le cadre d’un audit financier mené par l’État djiboutien sur des soupçons de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent. Plutôt que d’être écarté, il a été réélu sans opposant quelques mois plus tard, dans un scrutin marqué par des irrégularités qui avaient entraîné une suspension du processus électoral par le ministère des Sports, suspension non respectée par la fédération avec le soutien de la FIFA. Une réélection en forme de pied de nez à la justice, rendue possible par la protection d’Infantino. Depuis, sa carrière internationale a continué de prospérer : il est devenu troisième vice-président de la CAF, puis a siégé au Conseil de la FIFA. Pendant ce temps, la sélection djiboutienne, elle, s’enfonce : 196e au classement mondial, tous ses matchs perdus en 2025, un sélectionneur limogé après six mois. Le football djiboutien est en ruine, mais Waberi, lui, est toujours là, protégé par son ami Infantino.
Le parallèle avec la mafia sicilienne n’est pas une figure de style. C’est une description. La FIFA d’Infantino fonctionne comme une organisation criminelle : elle protège ses membres, étouffe les scandales, menace les États souverains qui osent enquêter sur ses affidés, et utilise les fonds destinés au développement du football comme une caisse noire pour acheter des loyautés. Waberi a soutenu Infantino quand tout le monde le lâchait. En retour, Infantino le protège. C’est donnant-donnant. Le « FIFA Forward Enterprise », ce projet de privatisation qui devait rapporter des milliards à des investisseurs privés proches de la famille Trump, a été rejeté par l’UEFA, l’AFC et la CONMEBOL. Mais Waberi, lui, a soutenu le projet jusqu’au bout. Il a même salué son retrait comme une « décision sage ». Un retournement de veste qui n’a pas trompé grand monde, mais qui lui a valu la reconnaissance éternelle d’Infantino.
Aujourd’hui, la FIFA et la CAF exigent le retour de Waberi à la tête de la FDF. Elles menacent de suspendre Djibouti. Elles refusent de reconnaître le comité de transition mis en place par les clubs. Elles affirment que la réunion du 5 octobre est entachée d’« incertitudes statutaires et procédurales ». Mais les 39 délégués de clubs qui ont voté la destitution savent ce qu’ils font. Ils savent que Waberi est accusé de détournement. Ils savent que l’argent de la FIFA a disparu. Ils savent que leur fédération est gangrenée par la corruption. Et ils ont choisi de dire non. La FIFA, elle, a choisi de dire oui à Waberi. Oui à la corruption. Oui au détournement. Oui à l’impunité. Jusqu’à quand cette organisation continuera-t-elle de menacer des États africains ou asiatiques pourtant souverains ? Jusqu’à quand la FIFA protégera-t-elle les voleurs en bande organisée qui pillent le football mondial ? Si les pays se réunissaient pour s’opposer à ce genre de menaces iniques, la FIFA reculerait. Mais tant que les fédérations africaines et asiatiques accepteront de se soumettre, tant que les États souverains laisseront une organisation privée dicter sa loi sur leur territoire, tant que les Infantino et les Waberi continueront de se protéger mutuellement, la mafia du football mondial continuera de prospérer. Il est temps de briser ce système. Il est temps de rendre le football aux footballeurs. Il est temps de mettre fin à la FIFA d’Infantino.

