À l’occasion du 43ᵉ anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, le président en exercice de l’institution, Obiang Nguema Mbasogo, plaide pour une intégration régionale plus ambitieuse, fondée sur la paix, la solidarité, la libre circulation et des engagements financiers effectifs des États membres.
C’est un appel à l’action que lance l’Afrique centrale. Dans son message prononcé à Ciudad de la Paz, le 18 octobre 2026, à l’occasion du 43ᵉ anniversaire de la création de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et de la Journée de l’intégration régionale, le président équato-guinéen Obiang Nguema Mbasogo, président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation, exhorte les États membres à franchir une nouvelle étape dans la construction communautaire.

Quarante-trois ans après la création de l’organisation en 1983, le dirigeant estime que le moment est venu de dresser le bilan du chemin parcouru et de donner une impulsion nouvelle au projet d’intégration régionale. L’ambition est claire : faire de l’Afrique centrale un espace de développement partagé, dans lequel les économies nationales se renforcent mutuellement et où les populations bénéficient concrètement des avantages de la coopération régionale.
Une intégration confrontée à des défis persistants
Le parcours de la CEEAC n’a pas été linéaire. La région reste confrontée à des conflits armés, à des tensions politiques, à des difficultés économiques et à des problèmes de sécurité intérieure. À ces défis s’ajoutent les contraintes institutionnelles et financières qui peuvent freiner la réalisation des objectifs communautaires.
Malgré une période d’inactivité entre 1992 et 1998, l’organisation a engagé une réforme institutionnelle majeure, entrée en vigueur en 2020. Cette réforme a permis de moderniser son architecture afin de rendre son fonctionnement plus agile, plus efficace et davantage orienté vers l’action.
Cette évolution constitue une étape importante, mais elle ne saurait suffire à elle seule. Pour Obiang Nguema Mbasogo, l’enjeu consiste désormais à traduire les avancées institutionnelles en réalisations tangibles pour les États et les citoyens d’Afrique centrale.
La Vision 2050 comme boussole stratégique
Pour donner corps à cette ambition, la CEEAC s’est dotée de la Vision 2050, un cadre de référence destiné à orienter son action au cours des vingt-cinq prochaines années. Cette vision porte un projet de région pacifique, prospère, solidaire et ouverte à la libre circulation des personnes, des biens et des services.
Sa mise en œuvre s’appuie notamment sur le Plan stratégique à moyen terme 2026-2030, présenté comme une feuille de route essentielle autour de cinq priorités.
La première concerne la consolidation de la paix, de la sécurité et de la stabilité politique, conditions indispensables au développement durable. Sans un environnement sécuritaire stable, les investissements, les échanges économiques et les initiatives de développement risquent de rester limités.
La deuxième priorité porte sur l’accélération de l’intégration économique et commerciale. La dynamisation de la zone de libre-échange et le renforcement des échanges intracommunautaires doivent favoriser l’émergence progressive d’un marché commun africain.
Le troisième axe concerne la protection de l’environnement et la préservation du bassin du Congo. Considéré comme un patrimoine naturel majeur, cet espace représente un enjeu stratégique pour la biodiversité, l’équilibre écologique et l’avenir des générations futures.
La quatrième priorité vise le développement des infrastructures énergétiques et l’amélioration de l’interconnexion des réseaux de transport. Ces investissements sont essentiels pour faciliter les échanges, réduire les obstacles à la mobilité et renforcer les liens économiques entre les pays.
Enfin, la CEEAC entend placer le capital humain et l’inclusion sociale au cœur de son action, en accordant une attention particulière aux jeunes et aux femmes. L’objectif est de faire de l’intégration régionale un levier de progrès social, d’opportunités économiques et de participation au développement.
Faire des frontières des passerelles plutôt que des obstacles
Au-delà des orientations institutionnelles, le président en exercice de la CEEAC défend une conception concrète de l’intégration : celle d’un espace où les frontières cessent d’être des barrières pour devenir des passerelles de communication et de coopération.
De Ciudad de la Paz à Luanda, de Kinshasa à N’Djamena, de Bujumbura à Yaoundé, de São Tomé à Bangui, de Libreville à Brazzaville, la circulation des marchandises, des idées et des compétences devrait contribuer à rapprocher les peuples et à stimuler les économies.
Cette ambition suppose toutefois des progrès effectifs dans la facilitation des échanges, la connectivité des infrastructures et la mise en œuvre des engagements communautaires. L’intégration ne peut se limiter aux déclarations politiques : elle doit se traduire dans la vie quotidienne des populations, dans les possibilités de commercer, de travailler, d’entreprendre et de circuler au sein de la région.
Le financement, condition essentielle de la réussite
L’un des messages les plus fermes du discours concerne la responsabilité financière des États membres. Obiang Nguema Mbasogo met en garde contre le risque de voir la pérennité de la Communauté fragilisée par l’insuffisance des contributions nationales.
« L’intégration régionale a un coût », rappelle en substance le chef de l’État équato-guinéen, appelant les pays membres à honorer leurs engagements financiers pour permettre à l’organisation de remplir les missions qui lui sont confiées.
Cette question est déterminante. La réalisation des projets régionaux, le renforcement des institutions et l’exécution des programmes stratégiques nécessitent des ressources prévisibles et suffisantes. Sans un financement à la hauteur des ambitions affichées, la Vision 2050 pourrait rester un cadre d’orientation plutôt qu’un véritable programme de transformation.
Le président en exercice invite ainsi les États à dépasser leurs divergences conjoncturelles et à privilégier une responsabilité collective, indispensable à la continuité et à l’efficacité de l’action communautaire.
De la communauté des États à la communauté des peuples
Au terme de son message, Obiang Nguema Mbasogo insiste sur la nécessité de dépasser la dimension symbolique de la célébration. La Journée de l’intégration régionale doit, selon lui, devenir un appel urgent à la cohésion, à l’action et à la transformation de l’espace communautaire.
Quarante-trois ans après la création de la CEEAC à Libreville, l’intégration régionale n’est plus présentée comme une simple option diplomatique, mais comme une nécessité stratégique pour l’avenir de l’Afrique centrale.
Le défi consiste désormais à rapprocher les engagements politiques des résultats mesurables : davantage de paix et de stabilité, des échanges commerciaux plus dynamiques, des infrastructures mieux connectées, une gestion durable des ressources naturelles et une meilleure inclusion des populations.
L’avenir de la CEEAC dépendra donc de sa capacité à convertir sa vision commune en réalisations concrètes. En appelant à une communauté « plus forte et plus solidaire », son président en exercice fixe une exigence : faire de l’intégration régionale non seulement un projet porté par les États, mais aussi une réalité vécue par les peuples d’Afrique centrale.

