Yaoundé, 18 septembre 2026 — Au Cameroun, le nettoyage du fichier solde de l’État entre dans une nouvelle phase. Après les opérations de contrôle engagées sur les allocations familiales et les effectifs de la Fonction publique, le ministère des Finances s’attaque désormais à une autre zone sensible : les agents publics dont les mouvements aux frontières ne concordent pas avec leur situation administrative déclarée.
Au total, 5 971 agents publics sont appelés à clarifier leur situation. Selon les éléments communiqués par le ministère des Finances, ces personnels sont toujours considérés, à l’issue du croisement des données sur les mouvements aux frontières avec les informations fournies par leurs administrations d’emploi, comme ne résidant plus sur le territoire camerounais.
L’affaire est d’autant plus sensible que les rémunérations associées à ces agents représenteraient plus de 22 milliards de FCFA par an, selon les chiffres communiqués autour de cette opération.
Le fichier solde sous haute surveillance
Le message porté par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, est désormais difficile à manquer : l’État veut savoir précisément qui est payé, à quel titre et pour quel service effectivement rendu.
Cette nouvelle opération s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation de la dépense publique. Le principe est simple : réduire les risques de rémunérations indues et faire en sorte que les ressources budgétaires soient adossées à des situations administratives vérifiables.
Dans un contexte où chaque dépense publique doit être scrutée, la maîtrise de la masse salariale constitue un enjeu majeur pour les finances de l’État.
Il ne s’agit donc pas simplement d’un contrôle administratif supplémentaire. Derrière le fichier solde se trouve une question fondamentale de gouvernance : l’argent public doit-il continuer à financer des situations qui ne sont pas clairement justifiées ?
Septembre et octobre : deux mois pour se justifier
Le dispositif arrêté par le ministère des Finances se veut d’abord conservatoire.
Pour les mois de septembre et octobre 2026, les rémunérations des agents concernés sont affectées à la Trésorerie-Paierie Générale de Yaoundé I, plutôt que de suivre le circuit habituel de paiement. Cette mesure ne signifie donc pas, à ce stade, une condamnation automatique des intéressés.
Pour obtenir le paiement de leur rémunération, les agents concernés doivent se présenter à la Direction de la Dépense de Personnel et des Pensions (DDPP) du ministère des Finances avec notamment :
- une photocopie de leur passeport ;
- un justificatif du motif de leur voyage à l’étranger ;
- une attestation de présence effective au poste datant de moins de trois mois.
Après examen de ces pièces, les agents dont la situation est jugée régulière pourront obtenir le quitus nécessaire à la perception de leur rémunération.
31 octobre 2026 : la date qui peut tout changer
Le compte à rebours est désormais enclenché.
Le 31 octobre 2026 constitue la date butoir.
À cette échéance, les agents qui n’auront pas clarifié leur situation seront considérés comme ayant abandonné leur poste, avec pour conséquence la suspension de leur rémunération du fichier solde de l’État.
L’administration établit ainsi une distinction importante : être identifié dans cette opération ne signifie pas automatiquement être reconnu comme agent fictif ou fraudeur. La procédure prévoit précisément une période de justification destinée à permettre aux situations régulières d’être rétablies.
22 milliards de FCFA : au-delà du chiffre, un signal budgétaire
L’enjeu financier annoncé donne toute sa portée à l’opération.
Si les rémunérations concernées représentent effectivement plus de 22 milliards de FCFA par an, leur sécurisation constitue un enjeu significatif pour le budget de l’État.
À l’échelle des finances publiques, chaque dépense évitée lorsqu’elle n’est pas justifiée peut contribuer à dégager des marges pour d’autres priorités : infrastructures, santé, éducation, sécurité, investissements publics ou amélioration des services aux citoyens.
L’objectif affiché est donc moins de « bloquer des salaires » que de réconcilier la dépense publique avec la réalité administrative et professionnelle des bénéficiaires.
Après les allocations familiales, le contrôle change d’échelle
Cette nouvelle opération confirme une tendance : le fichier solde devient un terrain majeur de contrôle des finances publiques.
Allocations familiales, effectifs, agents absents, situations administratives irrégulières : les différents chantiers engagés convergent vers une même exigence de traçabilité.
Le ministère des Finances cherche ainsi à renforcer les mécanismes permettant de détecter les incohérences entre les fichiers administratifs et la réalité du terrain.
Cette approche rejoint plus largement les efforts du Cameroun en matière de discipline budgétaire et de gestion responsable des ressources publiques. Le ministère présente d’ailleurs régulièrement la transparence et la maîtrise des risques budgétaires comme des axes de sa politique financière.
Une bataille contre les dépenses sans contrepartie
Au fond, l’enjeu dépasse les 5 971 dossiers.
Il concerne la philosophie même de la gestion publique.
Un salaire public doit correspondre à un agent identifié.
Un agent identifié doit correspondre à une situation administrative régulière.
Et une rémunération publique doit correspondre à un service effectivement dû à l’État.
C’est sur cette chaîne de responsabilité que repose la crédibilité du fichier solde.
Avec cette opération, Louis Paul Motaze adresse donc un signal fort aux gestionnaires publics comme aux bénéficiaires de la solde de l’État : les fichiers administratifs ne doivent plus être de simples listes comptables ; ils doivent refléter la réalité des ressources humaines de l’État.
Pour les 5 971 agents concernés, l’heure est désormais à la justification. Pour l’administration, l’enjeu est plus vaste : fermer les brèches, sécuriser la dépense et faire en sorte que chaque franc du contribuable soit rattaché à une situation dûment établie.
Car dans une période où les besoins de financement de l’État demeurent importants, assainir le fichier solde, c’est aussi protéger la capacité de l’État à financer ses véritables priorités.

