La FIFA a signé au printemps 2025 un bail pour louer des bureaux au 17e étage de la Trump Tower, à New York. Quatre cent cinquante mètres carrés. Un contrat de sept ans et sept mois. Une facture annuelle d’environ 470 000 dollars, à laquelle s’ajoutent près de 100 000 dollars de travaux et de maintenance. Au total, près de 4 millions de dollars. Et, selon des documents internes et des révélations convergentes, aucun salarié affecté en permanence à ces locaux. Des bureaux vides. Des millions qui s’envolent. Et une question qui dérange : pourquoi la FIFA paie-t-elle un loyer à une société présidée par Eric Trump, le fils du président des États-Unis ?
Le contrat a été conclu avec Trump Tower Commercial LLC. Une entité directement liée à la famille Trump. La FIFA n’aurait étudié aucun autre emplacement avant de s’installer. Plusieurs membres de son administration auraient exprimé leurs craintes d’un conflit d’intérêts. L’instance assure que le prix est conforme au marché et que le bail respecte ses procédures internes. Mais l’explication ne tient pas. Pourquoi New York ? Pourquoi la Trump Tower ? Pourquoi des bureaux inoccupés ? Pourquoi un bail de plus de sept ans ? Pourquoi aucune mise en concurrence ? Les zones d’ombre s’accumulent, et elles pointent toutes vers un homme : Gianni Infantino.
Car Infantino n’est pas un président de fédération ordinaire. Il est l’homme qui a remis le Prix de la paix de la FIFA à Donald Trump. L’homme qui a laissé le président américain intervenir directement dans la levée de la suspension du joueur Folarin Balogun pendant la Coupe du monde 2026. L’homme qui a tenté de vendre une partie des droits commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés proches de l’entourage de Trump. L’homme qui fait l’objet d’une plainte éthique déposée par l’organisation FairSquare pour abus de pouvoir, violation de la neutralité politique et manquement à son devoir de loyauté. L’homme qui est aujourd’hui englué dans une avalanche de scandales judiciaires, de soupçons de corruption et de conflits d’intérêts.

Le bail de la Trump Tower n’est pas un détail. C’est la pièce supplémentaire d’un système. Un système dans lequel Infantino utilise l’argent de la FIFA pour s’attirer les faveurs de puissants, pour acheter des protections, pour tisser des alliances politiques au mépris total de l’éthique sportive. La FIFA n’est pas une entreprise privée. C’est une institution qui gère le football mondial, qui perçoit des droits TV colossaux, qui organise la Coupe du monde, qui redistribue des milliards aux fédérations. Son argent appartient au football. Pas aux caprices d’un président qui veut plaire à Donald Trump.
Ces 4 millions de dollars auraient pu financer des terrains dans les pays pauvres, des formations pour les jeunes, des programmes pour le football féminin, des infrastructures dans les zones rurales. Ils ont servi à louer des bureaux vides dans un gratte-ciel de luxe, propriété de la famille du président américain. C’est une insulte à tous ceux qui croient encore que la FIFA peut être une institution respectable. C’est une insulte aux joueurs, aux supporters, aux bénévoles, aux fédérations qui se battent avec des moyens dérisoires. C’est une insulte au football.
La FIFA affirme que le bail respecte ses procédures. Mais quelles procédures ? Celles qui permettent de signer un contrat de plusieurs millions sans appel d’offres ? Celles qui autorisent un président à multiplier les gestes de complaisance envers un chef d’État étranger ? Celles qui ferment les yeux sur les conflits d’intérêts les plus grossiers ? La commission d’éthique de la FIFA, déjà accusée d’inaction dans les dossiers visant Infantino, va-t-elle ouvrir une enquête ? Va-t-elle convoquer Eric Trump ? Va-t-elle demander des comptes à Infantino ? Ou va-t-elle, une fois de plus, protéger le président et étouffer le scandale ?
Les fédérations membres doivent exiger des explications. Les sponsors doivent s’interroger. Les joueurs doivent hausser le ton. Les supporters doivent comprendre que l’argent qu’ils dépensent pour acheter des billets, des maillots, des abonnements TV, sert aussi à financer des loyers à la Trump Tower. La FIFA n’appartient pas à Infantino. Elle appartient au football. Et le football mérite mieux que des bureaux vides, des contrats opaques et des amitiés encombrantes.

Gianni Infantino est en train de transformer la FIFA en annexe de ses ambitions personnelles. Après le projet avorté de privatisation, après les accusations de corruption, après les liens troubles avec Donald Trump, voilà maintenant le scandale de la Trump Tower. Combien de révélations faudra-t-il encore pour que les instances réagissent ? Combien de millions faudra-t-il encore pour que les fédérations se réveillent ? Combien de temps faudra-t-il encore pour que la justice s’empare de ces dossiers ?
Le football mondial est à un tournant. Soit il se débarrasse d’Infantino et de son système, soit il sombre avec lui. Les bureaux de la Trump Tower sont un symbole. Celui d’une FIFA qui a oublié sa mission, qui a trahi ses valeurs, qui s’est mise au service des puissants. Il est temps de rendre la FIFA aux footballeurs. Il est temps de rendre la FIFA aux supporters. Il est temps de mettre fin à l’ère Infantino.

