Une délégation de haut niveau aux Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale
Le Cameroun prend part, du 12 au 18 octobre 2026, aux Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale, qui se tiennent à Bangkok, en Thaïlande. La délégation camerounaise est conduite par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, qui entend profiter de ce grand rendez-vous de la finance mondiale pour renforcer le dialogue avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux du pays, explorer de nouvelles pistes de coopération et mobiliser les ressources nécessaires au financement des projets structurants.
Ce déplacement s’inscrit dans la continuité de la stratégie offensive déployée par le ministre des Finances depuis plusieurs mois. Après le Market Sounding organisé à Londres les 9 et 10 septembre 2026, qui a permis de présenter aux investisseurs réunis au sein du Commonwealth Enterprise and Investment Council les fondamentaux économiques du pays, ses besoins de financement et son portefeuille de projets, le Cameroun poursuit sa démarche de séduction auprès des bailleurs de fonds internationaux. L’objectif est clair : transformer les opportunités de partenariat en retombées concrètes pour l’économie nationale et les populations.
Quatre thèmes majeurs au cœur des discussions
Cette édition 2026 des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale est placée sous le signe de la transformation économique et financière. Quatre thèmes majeurs dominent les échanges : la mobilisation des capitaux privés, le développement des infrastructures, la création d’emplois et l’intelligence artificielle. Des sujets qui intéressent directement le Cameroun, qui cherche à diversifier ses sources de financement et à accélérer sa transformation structurelle.
La mobilisation des capitaux privés constitue un enjeu crucial pour Yaoundé. Le pays a besoin d’investissements massifs pour financer ses infrastructures, moderniser son appareil productif et créer des emplois durables. Les Assemblées annuelles offrent une tribune privilégiée pour présenter aux investisseurs institutionnels, aux fonds souverains et aux banques de développement les opportunités qu’offre le Cameroun dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les transports, l’agro-industrie, les mines et le numérique.

Le Cameroun en quête de financements pour ses projets structurants
Le Cameroun a d’importants besoins de financement à couvrir. La loi de finances 2026 et le Budget citoyen 2026 évaluent à 3 104,2 milliards de francs CFA les besoins de financement de l’État. Un décret du 21 janvier 2026 a autorisé le ministre des Finances à rechercher jusqu’à 1 000 milliards de francs CFA sur les marchés financiers extérieurs au cours de l’année. Une première opération a permis de lever 750 millions de dollars le 30 janvier, soit environ 415 milliards de francs CFA. Pour atteindre l’enveloppe autorisée, le Cameroun doit donc encore mobiliser environ 585 milliards de francs CFA.
Un emprunt à composante environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de 690 millions de dollars, soit près de 400 milliards de francs CFA, est en préparation. Cette opération permettrait de réduire sensiblement le montant restant à mobiliser au titre du programme extérieur de 2026. Les Assemblées annuelles de Bangkok constituent une occasion idéale pour présenter ce projet aux investisseurs et recueillir leurs exigences en matière de garanties et d’instruments financiers.
Un dialogue renforcé avec les partenaires du Cameroun
Au-delà de la recherche de financements, la présence de Louis Paul Motaze à Bangkok vise à renforcer le dialogue avec les partenaires traditionnels du Cameroun. Le FMI, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement et d’autres institutions multilatérales jouent un rôle clé dans le financement du développement du pays. Les Assemblées annuelles sont l’occasion de faire le point sur les programmes en cours, de discuter des réformes à engager et de négocier de nouveaux appuis.
Le ministre des Finances devrait également multiplier les rencontres bilatérales avec ses homologues et avec les dirigeants des institutions financières internationales. Ces échanges permettront de présenter les réformes engagées par le gouvernement camerounais pour améliorer le climat des affaires, renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques et lutter contre la corruption. Des sujets qui figurent au cœur des préoccupations des bailleurs de fonds, notamment après la publication du rapport de la Chambre des Comptes sur la gestion du Fonds spécial de solidarité nationale contre le coronavirus, qui a révélé des détournements massifs.
L’intelligence artificielle, un nouveau levier de développement
Parmi les thèmes majeurs de cette édition figure l’intelligence artificielle. Un sujet d’actualité qui intéresse au plus haut point le Cameroun, qui cherche à développer son économie numérique et à tirer parti des opportunités offertes par les nouvelles technologies. La délégation camerounaise devrait présenter les initiatives du pays en matière de digitalisation des services publics, de développement des compétences numériques et d’innovation technologique.
L’intelligence artificielle représente un levier de croissance considérable pour les pays en développement. Elle peut améliorer la productivité agricole, optimiser la gestion des infrastructures, renforcer les systèmes de santé et d’éducation, et faciliter l’accès aux services financiers. Le Cameroun, qui dispose d’une jeunesse dynamique et de talents dans le domaine du numérique, entend saisir cette opportunité pour accélérer sa transformation économique et créer des emplois qualifiés.

Une stratégie de long terme pour financer l’émergence
La participation du Cameroun aux Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale s’inscrit dans une stratégie de long terme. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, le pays prévoit de rechercher à nouveau 1 000 milliards de francs CFA de financements extérieurs en 2027. Cette planification à moyen terme témoigne de la volonté du gouvernement de sécuriser ses sources de financement et de ne pas se laisser surprendre par les aléas des marchés.
Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a résumé la philosophie de cette démarche lors du Market Sounding de Londres : « Il ne suffit pas de venir chercher de l’argent. Il faut également venir discuter avec ces investisseurs, leur faire savoir ce qui va, ce qui ne va pas. Eux-mêmes ont énormément de questions à poser, car on ne prête de l’argent qu’à ceux que l’on connaît. Si vous êtes connus, on vous fait beaucoup plus confiance. » Une approche pragmatique, qui vise à bâtir une relation de confiance durable avec les bailleurs de fonds internationaux.
Un rendez-vous décisif pour l’avenir du Cameroun
Les Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok constituent un rendez-vous décisif pour l’avenir économique du Cameroun. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des marchés et la raréfaction des financements concessionnels, le pays doit redoubler d’efforts pour convaincre les investisseurs et sécuriser les ressources nécessaires à son développement.
La délégation conduite par Louis Paul Motaze a un mandat clair : défendre les intérêts du Cameroun, présenter ses atouts, rassurer les partenaires et mobiliser les capitaux indispensables à la réalisation des projets structurants. Les prochains mois seront déterminants pour la concrétisation des engagements pris et pour la crédibilité du Cameroun sur les marchés internationaux. Le pays a les atouts pour réussir : une croissance solide, une dette maîtrisée, un portefeuille de projets attractif et une volonté politique affirmée. Reste à transformer ces potentialités en résultats concrets. Bangkok pourrait bien être le point de départ d’une nouvelle ère de coopération financière pour le Cameroun.

