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    Accueil » L’état des détournements des deniers publics à la FECAFOOT par Samuel Eto’o et avec la protection du président de la FIFA interroge : les codes d’éthique de la FIFA sont-ils aveugles sous Infantino ?
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    L’état des détournements des deniers publics à la FECAFOOT par Samuel Eto’o et avec la protection du président de la FIFA interroge : les codes d’éthique de la FIFA sont-ils aveugles sous Infantino ?

    CourierconfidentielPar Courierconfidentiel16 septembre 2026Aucun commentaire9 Mins Read29 Points de vue
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    Quatre dossiers. Quatre épées suspendues au-dessus d’une tête. Et au sommet de la pyramide, un homme qui jure n’avoir aucune influence sur les organes qui le jugent. Samuel Eto’o, président de la Fecafoot, patron tout-puissant du football camerounais, accumule les procédures pendant que Gianni Infantino, son protecteur et ami, président d’une FIFA en pleine tourmente judiciaire, laisse les enquêtes s’enliser. Une coïncidence ? Certainement pas.

    Tout commence en août 2023. Guibaï Gatama et plusieurs acteurs du football camerounais déposent une plainte devant le département éthique de la FIFA. Référence : ETH 2023-184. Objet : le contrat signé par Samuel Eto’o avec la société de paris sportifs 1XBET. Le principe est simple, et il est écrit noir sur blanc dans les règlements : un président de fédération ne peut pas être rémunéré par un opérateur de paris sportifs. L’article 27 du code disciplinaire de la FIFA est formel. Un dirigeant qui tire profit des paris sur le football, c’est un conflit d’intérêts structurel, une porte ouverte à tous les soupçons de manipulation. La plainte dort depuis trois ans. Statut : « under preliminary investigation ». Autrement dit, la chambre d’instruction n’a jamais ouvert le dossier.

    Deuxième dossier, avril 2024. Plainte numéro 2024-091. Cette fois, l’objet est d’une gravité extrême : le match amical Cameroun-Russie. Les pièces fournies par Guibaï Gatama et Parfait Siki sont, selon les plaignants, sans ambiguïté. D’un côté, le contrat du match, signé par Blaise Djounang. De l’autre, un ordre de virement signé par Benoît Amgbwa, autorisant un transfert de 455 056 euros, majoré de 112 514 euros, soit un total de 567 570 euros. Destination : un compte personnel attribué à Samuel Eto’o, logé au Qatar. Les plaignants affirment qu’il n’existe aucune trace du reversement de cette somme à la Fecafoot. Si ces faits étaient établis, ils relèveraient purement et simplement du détournement de fonds, aggravé par le fait que l’auteur occupe la plus haute fonction du football national.

    Que répond la FIFA ? Le 11 juin 2024, l’instance accuse réception aux plaignants, évoque des « organes indépendants » et promet de revenir vers eux. Depuis, silence radio. Deux ans. Pas un mot. Pas une décision. Pas une convocation. Rien. Le dossier est enterré vivant dans les méandres de Zurich, pendant que l’intéressé continue de présider aux destinées du football camerounais comme si de rien n’était.

    Le troisième dossier, lui, a au moins connu une issue, avant de s’évaporer. Guibaï Gatama et Njalla Quan avaient saisi la CAF sur le contrat 1XBET et sur des soupçons de trucage de matchs impliquant Victoria United. En juillet 2024, la Confédération africaine condamne Samuel Eto’o à 200 000 dollars d’amende pour violation grave de l’éthique. Mais la CAF précise qu’il n’existe pas suffisamment de preuves de trucage. Puis, en février 2025, patatras : la décision est annulée en appel. Argument des avocats d’Eto’o ? La CAF n’aurait pas de code d’éthique propre. Une curiosité juridique qui laisse pantois. La plus haute instance du football africain, incapable de sanctionner l’un de ses membres parce qu’elle n’aurait pas les textes nécessaires. Et pendant ce temps, la commission d’éthique de la FIFA, elle, enquête depuis 2023. Toujours sans résultat public.

    Quatrième dossier, et c’est peut-être le plus dangereux pour l’intéressé : le Cameroun. Le capitaine Joseph Feutcheu, président de Djiko FC, a porté plainte devant le Tribunal criminel spécial. Objet : le détournement présumé de 910 millions de francs CFA de subventions de l’État, non reversées aux clubs de l’Elite One et de l’Elite Two. Si le TCS condamne Samuel Eto’o pour détournement, la FIFA sera automatiquement contrainte d’ouvrir une procédure éthique à son encontre. C’est le scénario que redoutent ses protecteurs.

    Car il existe deux textes. Le premier est local : l’article 21.2 du code de la Fecafoot, qui stipule que les fonds de la fédération ne peuvent pas transiter par un compte personnel. « La Fecafoot est un patrimoine commun », rappelle le texte. C’est l’interdiction du mélange de patrimoine : prendre l’argent de l’association et le faire transiter par son propre compte, c’est une violation directe des statuts.

    Le second est bien plus lourd. C’est l’article 29 du code disciplinaire de la FIFA, anciennement article 28. Intitulé : « Mauvaise utilisation et détournement de fonds ». Le texte est sans appel : il est interdit aux personnes soumises au code d’utiliser de manière abusive ou de s’approprier indûment des fonds de la FIFA, des confédérations, des fédérations, des ligues ou des clubs, que ce soit directement ou indirectement, par le biais ou en conjonction avec des tierces parties. Le second alinéa est encore plus large : il interdit toute activité pouvant donner l’impression ou laisser supposer l’existence d’une infraction. Les sanctions encourues ? Une amende minimale de 100 000 francs suisses, soit environ 68 millions de francs CFA, et une interdiction d’exercer toute activité liée au football pendant cinq ans minimum. Avec une circonstance aggravante redoutable : la sanction est alourdie si l’auteur occupe de hautes fonctions. Pour un président de fédération, la fourchette monte à sept, voire dix ans. Le précédent existe : Ahmad Ahmad, ancien président de la CAF, a écopé de cinq ans en 2020 pour exactement les mêmes faits, sur la base du même article.

    À toutes ces affaires, s’ajoute également celles des matchs contre le Mexique, la Corée du Sud et l’Ouzbékistan. Pour les matchs contre l’Ouzbékistan et la Corée du Sud, disputés en 2022 en préparation de la Coupe du monde, la Fédération coréenne avait signé un contrat prévoyant la prise en charge intégrale des billets d’avion, de l’hébergement, de la restauration et du transport, ainsi qu’un versement de 500 000 dollars (environ 280 millions de FCFA) à la Fecafoot. Non seulement Eto’o a réclamé et obtenu 357 millions de FCFA du gouvernement camerounais pour ces mêmes matchs, mais les 250 millions de FCFA versés par la Fédération coréenne ont été détournés vers un compte bancaire personnel à l’UBA Bénin (IBAN BJ0670151151109000135970), dont Eto’o aurait lui-même fourni les coordonnées et signé l’ordre de virement. Pour le match amical contre le Mexique, disputé en juin 2023 à San Diego, un versement de 600 000 dollars (plus de 300 millions de FCFA) aurait également disparu, tandis que l’État camerounais débloquait parallèlement 500 millions de FCFA. Un mécanisme similaire a été utilisé : les fonds ont transité par le compte personnel d’Eto’o à la Qatar National Bank de Doha, son entourage justifiant cette opération par l’absence d’un numéro fiscal américain permettant à la Fecafoot de recevoir directement des fonds sur le sol américain.

    Les détournements de fonds liés aux matchs amicaux des Lions Indomptables sous la présidence de Samuel Eto’o à la Fecafoot constituent un système de prédation financière parfaitement documenté, qui a permis de siphonner plus de 2,2 milliards de francs CFA (environ 3,5 millions d’euros) au détriment du football camerounais.

    Alors pourquoi rien ne bouge ? Pourquoi la FIFA, si prompte à sanctionner les petits, laisse-t-elle s’enliser les dossiers visant l’un des siens ? La réponse tient peut-être à un nom : Gianni Infantino. Le président de la FIFA assure que les organes judiciaires sont indépendants et qu’il n’a aucune influence sur eux. Mais comment expliquer que deux plaintes déposées en 2023 et 2024, documentées, chiffrées, argumentées, n’aient toujours pas franchi le stade de l’instruction préliminaire ? Comment expliquer que la FIFA ait sanctionné Samuel Eto’o pour un dossier mineur, six mois d’interdiction de stade après son comportement violent envers les arbitres lors de la finale de la Coupe du monde féminine U20 en septembre 2024, mais reste muette sur des accusations de détournement de fonds à six chiffres ? Une sanction pour un coup de colère, l’indulgence pour un possible détournement. Voilà qui interroge.

    Et le lien avec Infantino n’est pas anodin. Samuel Eto’o s’est transformé, ces dernières semaines, en défenseur zélé du projet de privatisation de la Coupe du monde porté par le président de la FIFA, alors même que le monde du football, UEFA, AFC, Concacaf, rejette massivement cette initiative. Eto’o parle au nom de l’Afrique, sans mandat, sans légitimité. Une quarantaine de présidents de fédérations africaines l’ont désavoué publiquement. Mais pourquoi ce zèle ? Pourquoi ce soutien appuyé à un homme dont l’avenir judiciaire est plus qu’incertain ? Peut-être parce qu’Infantino tient entre ses mains le destin des dossiers qui menacent Eto’o. Peut-être parce qu’un soutien fidèle mérite, en retour, une certaine clémence. Le soupçon est terrible. Il mérite d’être posé.

    L’éthique de la FIFA est-elle aveugle ? À Zurich, on assure que non. On plaide l’indépendance des organes, la complexité des enquêtes, la nécessité de réunir des preuves irréfutables. Mais deux ans pour statuer sur un contrat de sponsoring et un virement bancaire, c’est long. Très long. Trop long. Et pendant ce temps, Samuel Eto’o continue de diriger la Fecafoot, de truquer des matchs, d’écarter des joueurs, de détourner des subventions, de réduire le football camerounais à un fonds de commerce. Une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de sa tête. Mais les épées les plus dangereuses sont celles qui ne tombent jamais. Celles qu’on laisse briller au-dessus des coupables pour mieux protéger les puissants.

    Le football africain mérite mieux que cette mascarade. Les Camerounais méritent mieux que d’être représentés par un homme dont le nom est associé à des comptes au Qatar, à des contrats avec des paris sportifs et à des subventions détournées. Le monde du football mérite mieux qu’une FIFA dont l’éthique s’arrête aux portes des amis du président. L’heure de la vérité a sonné. Les dossiers doivent être ouverts. Les preuves doivent être examinées. Et les coupables, quels qu’ils soient, doivent répondre de leurs actes. Car si la FIFA continue de fermer les yeux, c’est tout le football mondial qui sombrera avec elle.

    Pape Diaye, avocat au barreau de Paris

    1XBET CAF Cameroun Fecafoot FIFA Gianni Infantino Samuel Eto’o
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