Une quarantaine de présidents de fédérations africaines de football viennent de briser l’omerta. Dans une démarche sans précédent, ils ont demandé à Samuel Eto’o Fils de cesser de parler en leur nom et de s’abstenir de toute déclaration prétendant engager le continent africain. Cette mise au point, d’une rare fermeté, intervient après que le président de la Fecafoot a multiplié les sorties médiatiques pour défendre le projet de privatisation de la Coupe du Monde porté par Gianni Infantino, son mentor et ami, au moment même où le monde du football, des fédérations européennes aux confédérations asiatiques et nord-américaines, rejette massivement ce projet. Les présidents africains, lassés d’être instrumentalisés par un homme qui n’a jamais été leur porte-parole, ont décidé de tourner la page Infantino et de dénoncer les manœuvres d’un individu qui, depuis son arrivée à la tête de la Fecafoot, a transformé le football camerounais en un champ de ruines.
Le soutien affiché par Samuel Eto’o au projet de privatisation de la Coupe du Monde n’est pas un acte de conviction, mais un acte de servilité. L’homme qui se prétend défenseur des intérêts africains n’est en réalité que la marionnette d’un président de la FIFA aux abois, englué dans une avalanche de scandales judiciaires, de soupçons de corruption et de conflits d’intérêts. En défendant le projet d’Infantino, Eto’o trahit les intérêts du football africain. Il prétend que la privatisation permettra d’injecter davantage d’argent dans le football africain, un argument fallacieux qui ne résiste pas à l’examen des faits. Car si le football africain ne décolle pas, ce n’est pas par manque d’argent. La FIFA investit depuis des années des centaines de milliards de francs CFA dans le développement du football sur le continent, mais ces fonds disparaissent dans les poches de dirigeants corrompus, de présidents de fédérations véreux et de leurs complices. Le véritable problème du football africain, c’est sa soumission et sa dépendance à la FIFA, et le fait qu’il soit dirigé par des individus sans scrupules, souvent placés à la tête des instances par Gianni Infantino lui-même.
Samuel Eto’o incarne à lui seul cette dérive. Depuis qu’il préside la Fecafoot, il a pillé les caisses de la fédération, détourné les primes des joueurs, truqué des matchs, fermé les yeux sur des violences sexuelles commises sur de jeunes footballeurs, et transformé le championnat camerounais en un vaste réseau de corruption. Son bilan est un désastre : les Lions Indomptables, autrefois fierté nationale, sont affaiblis par des sélections douteuses et des joueurs écartés pour des raisons extra-sportives. Les stades se vident, les sponsors fuient, et les jeunes talents préfèrent émigrer. Et pendant ce temps, Eto’o s’affiche aux côtés d’Infantino, participe à ses manœuvres, et prétend parler au nom de l’Afrique. C’est une insulte à l’intelligence des Africains et une trahison de la confiance que les peuples du continent avaient placée en lui.
Les quarante présidents de fédérations africaines qui ont demandé à Eto’o de se taire ont fait preuve de courage et de lucidité. Ils ont compris que l’avenir du football africain ne se jouera pas dans les couloirs de la FIFA, aux côtés d’un président corrompu et d’un homme qui a détruit le football de son propre pays. Ils savent que la seule voie possible est celle de la souveraineté, de la transparence et de la bonne gouvernance. Ils savent que le football africain doit se libérer de l’emprise d’Infantino et de ses affidés, et qu’il doit se doter de dirigeants intègres, compétents et respectueux des règles. La démarche de ces présidents est un signal fort : l’Afrique ne se laissera plus instrumentaliser par des prédateurs comme Samuel Eto’o, qui utilisent le football comme un fonds de commerce et les Africains comme des faire-valoir.
Gianni Infantino, de son côté, est dans une situation intenable. Accusé de corruption, de gestion déloyale, de conflits d’intérêts, menacé de poursuites pénales en Suisse, lâché par l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, il ne peut plus compter que sur une poignée de fidèles, dont Samuel Eto’o et Patrice Motsepe. Mais ces soutiens ne suffiront pas à le sauver. Le monde du football a compris que l’ère Infantino doit prendre fin. Les fédérations africaines, qui représentent 54 voix sur les 211 que compte la FIFA, ont un rôle décisif à jouer dans cette transition. Si elles parviennent à s’unir et à faire entendre leur voix, elles peuvent non seulement contribuer à la chute d’Infantino, mais aussi poser les bases d’un football africain plus juste, plus démocratique et plus prospère.
Samuel Eto’o ferait bien de méditer les paroles de ces présidents de fédérations. L’Afrique n’a pas besoin de lui pour parler en son nom. L’Afrique n’a pas besoin d’un homme qui a pillé les caisses de la Fecafoot, truqué des matchs et couvert des crimes pour la représenter. L’Afrique a besoin de dirigeants intègres, courageux et visionnaires, capables de défendre ses intérêts avec dignité et détermination. Eto’o, par son comportement, par ses choix, par ses alliances, s’est disqualifié lui-même. Il est temps qu’il en tire les conséquences et qu’il laisse le football africain se reconstruire sans lui. Les présidents de fédérations qui ont demandé à Eto’o de se taire ont ouvert la voie. Il appartient maintenant à l’ensemble des acteurs du football africain de poursuivre ce combat pour un football propre, souverain et respectueux des peuples. Le temps des marionnettes et des prédateurs est révolu. L’Afrique veut des dirigeants qui la servent, pas des individus qui se servent d’elle.

