Bujumbura — La diplomatie africaine avance parfois loin des projecteurs, par petites touches, au gré des audiences et des messages transmis entre adversaires. Au Soudan, le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, semble avoir choisi cette voie.
Le 14 septembre 2026, il a reçu à Bujumbura une délégation venue de Khartoum conduite par le lieutenant-général Mohammed Ali Siber, envoyé spécial du général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise. Selon le président burundais, les échanges ont porté sur le processus de paix et ont notamment permis de réaffirmer l’engagement en faveur d’un règlement politique du conflit. Une feuille de route aurait également été présentée, sans que son contenu détaillé ne soit rendu public.
Bujumbura, nouvelle étape d’un dialogue indirect
Cette rencontre prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans la chronologie des derniers mois.
Le 10 juillet, Ndayishimiye avait déjà reçu une délégation envoyée par Abdel Fattah al-Burhan. Puis, le 4 septembre, il accueillait des représentants de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti, chef des Forces de soutien rapide (FSR). Le président burundais avait alors indiqué que les échanges avec les deux camps avaient permis de constater leur attachement affiché au rétablissement d’une paix durable au Soudan.
Le rendez-vous du 14 septembre prolonge donc une démarche qui consiste à maintenir ouverts les canaux avec les deux protagonistes, plutôt qu’à limiter les contacts à un seul camp.
C’est là que réside l’un des enjeux de la méthode de Bujumbura : écouter séparément les parties, recueillir leurs positions et tenter de préserver un espace diplomatique dans lequel une discussion directe pourrait, à terme, devenir possible.
Une guerre qui dure depuis avril 2023
Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises et les FSR, le Soudan est plongé dans une crise politique, militaire et humanitaire majeure. Les tentatives de médiation se sont multipliées, avec des acteurs africains, arabes et internationaux cherchant à obtenir au minimum des cessez-le-feu et, à terme, une solution politique.
Le contexte reste pourtant particulièrement difficile. Les positions militaires et politiques des deux camps demeurent profondément éloignées, tandis que les efforts internationaux continuent de se superposer.
Encore récemment, les États-Unis ont tenté de promouvoir une trêve de 90 jours, alors que les discussions autour d’un cessez-le-feu restent au cœur des initiatives diplomatiques.
L’option africaine remise au centre
Pour Ndayishimiye, la médiation soudanaise s’inscrit également dans une vision plus large de l’action de l’Union africaine : renforcer les mécanismes africains de prévention et de règlement des conflits.
Après la session extraordinaire de l’UA tenue à Luanda fin août, le président burundais avait insisté sur la nécessité de privilégier les solutions africaines aux crises africaines et de renforcer la diplomatie préventive.
Cette orientation donne à ses consultations sur le Soudan une portée qui dépasse les seules rencontres protocolaires. Elle traduit la volonté de la présidence en exercice de l’UA de conserver une place dans un dossier où plusieurs puissances et organisations cherchent également à peser.
Le défi : passer des messages au dialogue direct
Pour l’heure, il serait prématuré de parler d’un véritable rapprochement entre Al-Burhan et Hemetti. Les rencontres de Bujumbura constituent des contacts indirects, et non encore des négociations directes entre les deux dirigeants militaires.
Mais, dans une guerre qui s’enlise, la diplomatie se mesure aussi à la capacité de maintenir le fil du dialogue lorsque celui-ci paraît fragile.
La succession des audiences — d’abord avec l’entourage d’Al-Burhan, ensuite avec celui de Hemetti, puis de nouveau avec un émissaire du chef de l’armée — dessine ainsi une stratégie de présence et d’écoute. Une source spécialisée dans les affaires africaines rapporte d’ailleurs que le camp proche des FSR cherche lui aussi à utiliser le canal ouvert avec la présidence de l’UA pour accéder davantage à la table des négociations.
La patience comme instrument diplomatique
Le pari de Bujumbura est donc moins celui d’une annonce spectaculaire que celui d’une construction progressive.
Chaque audience permet de maintenir un contact. Chaque message transmis peut contribuer à réduire, même marginalement, la distance entre deux camps qui se combattent depuis plus de trois ans. La véritable épreuve viendra toutefois lorsque les conditions seront réunies pour transformer ces contacts séparés en dialogue direct.
En attendant, Évariste Ndayishimiye continue d’occuper cet espace diplomatique avec une méthode fondée sur la constance. Pour l’Union africaine, l’enjeu est considérable : parvenir à démontrer que, face à une guerre qui déchire le continent, la diplomatie africaine peut encore créer les conditions d’une issue politique.
À Bujumbura, le silence des grandes annonces contraste ainsi avec une activité diplomatique soutenue. Et dans le dossier soudanais, cette discrétion pourrait être précisément le choix stratégique de ceux qui cherchent à rapprocher, sans brusquer, deux camps encore profondément séparés.

