New York, 24 septembre 2026 — La diplomatie africaine s’est offert, cette semaine à New York, une séquence particulièrement suivie. En marge de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, les ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel (AES) ont multiplié les concertations avant d’être reçus, le mercredi 23 septembre, par Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine.
Une rencontre qui dépasse le simple cadre protocolaire. Dans une période où les relations entre l’AES et certaines institutions régionales africaines demeurent marquées par des désaccords, le face-à-face avec le président en exercice de l’UA constitue un signal diplomatique important : le dialogue continental reste ouvert.
Une présence sahélienne qui se veut organisée
Depuis l’ouverture du débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale, New York est redevenue la capitale diplomatique du monde. Du 22 au 28 septembre, chefs d’État, ministres et délégations de haut niveau se succèdent à la tribune et dans les multiples rencontres bilatérales organisées en marge des travaux officiels. Le thème de cette session — « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une ONU qui répond aux besoins de tous » — place notamment la coopération internationale, la paix et la sécurité au cœur des échanges.
C’est dans cet environnement que les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont engagé, mardi 22 septembre, une série de séances de travail.
Au-delà des réunions elles-mêmes, cette démarche traduit la volonté de maintenir une coordination diplomatique entre les trois États. L’AES cherche ainsi à porter ses préoccupations dans les enceintes internationales avec une cohérence collective, alors même que la Confédération continue de construire ses propres mécanismes institutionnels.
À New York, le message est donc autant diplomatique que politique : le Sahel entend être présent, organisé et audible.
Face à Ndayishimiye, le dialogue africain au centre des échanges
Le lendemain, une nouvelle séquence est venue donner une dimension continentale à cette activité diplomatique.
Les ministres des Affaires étrangères de l’AES ont été reçus par Évariste Ndayishimiye, chef de l’État burundais et président en exercice de l’Union africaine. Selon les informations rendues publiques à l’issue de l’audience, les discussions ont porté notamment sur le renforcement de la coopération régionale, la situation sécuritaire liée au terrorisme ainsi que la solidarité africaine en faveur de la paix, de la sécurité et du développement.
Le choix de cet interlocuteur donne naturellement une portée particulière à la rencontre. Ndayishimiye ne s’exprimait pas uniquement comme président du Burundi : il intervenait également dans son rôle à la tête de l’organisation continentale.
Cette double qualité faisait de l’entretien un espace privilégié pour aborder les préoccupations sahéliennes à l’échelle de l’Afrique.
Le terrorisme au cœur d’une équation régionale
La question sécuritaire occupe une place centrale dans cette séquence.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont confrontés depuis plusieurs années à une menace terroriste persistante, qui affecte directement les populations, les infrastructures et les économies locales. Pour les pays de l’AES, la réponse à cette menace est étroitement liée à la question de la souveraineté et à leur volonté de renforcer leurs propres capacités de défense et de coopération.
Mais la sécurité du Sahel dépasse désormais les frontières des trois États.
Elle concerne l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et, plus largement, les équilibres sécuritaires du continent. C’est précisément ce qui donne son importance au dialogue avec l’Union africaine.
À New York, la question n’était donc pas seulement de savoir comment répondre au terrorisme, mais aussi comment inscrire les réponses africaines dans une logique de coopération continentale.
Une main tendue vers les mécanismes de l’Union africaine
L’un des éléments les plus significatifs de cette rencontre réside dans la volonté affichée de maintenir le dialogue.
À l’issue de l’audience, les ministres de l’AES ont salué l’engagement constructif du président burundais et réaffirmé la disponibilité de leurs chefs d’État à poursuivre les échanges avec l’Union africaine et ses mécanismes.
Cette déclaration mérite attention.
Elle intervient dans un contexte où les rapports entre l’AES et plusieurs organisations régionales ont été profondément reconfigurés. Elle suggère néanmoins qu’au-delà des divergences institutionnelles et politiques, les canaux de discussion avec l’organisation continentale demeurent ouverts.
Le dialogue ne signifie pas nécessairement la disparition des désaccords. Il peut, au contraire, constituer le moyen de les exposer, de les clarifier et, lorsque cela est possible, de rechercher des terrains d’entente.
Ndayishimiye, entre souveraineté africaine et responsabilité continentale
La rencontre intervient également au lendemain de l’intervention d’Évariste Ndayishimiye devant l’Assemblée générale des Nations unies.
À la tribune de l’ONU, le président burundais a appelé au renforcement des capacités africaines pour répondre aux crises du continent et défendu la recherche de « solutions africaines » aux problèmes africains, tout en soulignant l’importance du respect du droit international et de la Charte des Nations unies.
Cette orientation donne un relief particulier à son échange avec les représentants de l’AES.
Sans préjuger de l’issue des discussions futures, les deux séquences révèlent une convergence autour d’un même enjeu : accroître la capacité des États africains à définir et à mettre en œuvre leurs propres réponses aux crises qui affectent le continent.
De la rencontre politique à l’épreuve des résultats
Le véritable enjeu se situe désormais au-delà des déclarations.
La rencontre de New York crée un espace de dialogue. Reste à savoir comment celui-ci pourra se traduire en mécanismes concrets de coopération, notamment dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, du développement et de la coordination diplomatique.
Pour l’AES, l’enjeu consiste à faire entendre ses positions tout en maintenant des canaux de communication avec les institutions africaines.
Pour l’Union africaine, il s’agit de préserver sa capacité à dialoguer avec l’ensemble des composantes du continent, y compris celles dont les orientations politiques et institutionnelles ont profondément évolué.
La séquence new-yorkaise ne règle donc aucune des questions de fond qui traversent aujourd’hui l’espace sahélien. Elle montre toutefois une réalité diplomatique essentielle : malgré les tensions et les recompositions en cours, le dialogue africain demeure possible.
Et dans les couloirs de l’ONU, où chaque rencontre peut devenir un signal politique, l’audience accordée aux ministres de l’AES par le président en exercice de l’Union africaine constitue précisément ce type de signal.

