À quelques semaines du 20e Sommet de la Francophonie, la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, candidate à un troisième mandat, affiche sa confiance et défend une vision de l’OIF fondée sur la stabilité, la neutralité institutionnelle et la mise à distance des rivalités entre États membres.
À l’approche de l’élection qui pourrait prolonger son mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo entend donner l’image d’une dirigeante posée, éloignée des tensions d’une campagne électorale.
« Sereine » : c’est ainsi qu’elle se décrit dans un entretien accordé à Africa 24 et Afrique Média TV lors de son séjour en France. À quelques semaines du rendez-vous de Phnom Penh, la secrétaire générale sortante assume sa candidature à un troisième mandat et entend défendre, avant tout, le bilan de sa gestion depuis son arrivée à la tête de l’organisation en 2018.
Mais cette élection revêt une dimension particulière. Pour la première fois, son nom sera soumis au vote devant les chefs d’État et de gouvernement de l’espace francophone.
Phnom Penh, un rendez-vous décisif
Le calendrier est désormais fixé. Le 20e Sommet de la Francophonie se tiendra les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. L’élection du prochain secrétaire ou de la prochaine secrétaire générale est prévue le 16 novembre, deuxième journée des travaux.

Pour Louise Mushikiwabo, les enjeux sont donc considérables. Il ne s’agit plus seulement de diriger l’organisation, mais de convaincre les délégations de lui renouveler leur confiance.
Sa stratégie paraît néanmoins claire : éviter que la campagne ne se transforme en affrontement politique et privilégier la continuité.
Rwanda-RDC : tenir l’OIF à l’écart des tensions
Le dossier le plus sensible demeure sans conteste la relation entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). Les tensions persistantes entre les deux pays placent inévitablement l’OIF dans une position délicate, d’autant que Louise Mushikiwabo est rwandaise.
Sur cette question, la secrétaire générale sortante adopte une position sans ambiguïté : l’affrontement entre Kigali et Kinshasa « n’a pas sa place au sein de l’OIF ».
Derrière cette déclaration se dessine une conception précise du rôle de l’organisation. Pour Louise Mushikiwabo, l’espace francophone ne doit pas devenir une tribune supplémentaire pour les différends géopolitiques entre ses membres.
Sa position repose donc sur la neutralité institutionnelle, le dialogue et la volonté d’empêcher que des crises bilatérales ne contaminent le fonctionnement même de l’organisation.
Cette posture constitue également un exercice d’équilibre délicat pour la secrétaire générale. Elle doit défendre la neutralité de l’organisation tout en étant directement liée, par son origine nationale, à l’une des parties au différend.
Mali, Burkina Faso, Niger : le départ du Sahel au cœur du bilan
Autre sujet sensible : le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation en 2025.
Louise Mushikiwabo reconnaît que ces départs furent regrettables. Elle réfute toutefois l’idée qu’ils puissent être interprétés comme un échec personnel ou comme le résultat d’une mauvaise gestion de l’OIF.
Son argumentaire replace ces ruptures dans le contexte politique plus large que traverse le Sahel. Selon cette lecture, les décisions prises par les trois pays relèvent d’une dynamique politique qui dépasse le cadre de la Francophonie elle-même.
Cette distinction compte pour sa candidature. Elle lui permet de défendre son bilan sans nier les difficultés rencontrées par l’organisation, tout en présentant cette période comme une étape marquée par de profonds bouleversements géopolitiques.
Une campagne placée sous le signe de la continuité
Ses déclarations dessinent une ligne claire : pas de rupture spectaculaire, pas d’affrontement, mais la continuité.
Louise Mushikiwabo mise sur la stabilité de l’institution qu’elle dirige depuis 2018 et sur la nécessité de protéger l’OIF des tensions qui traversent certains de ses membres.
Son message repose sur trois piliers : la sérénité face à l’élection, la neutralité institutionnelle dans les différends entre États, et la volonté de replacer les difficultés de l’organisation — en particulier au Sahel — dans le contexte plus large des bouleversements politiques régionaux.

Reste désormais l’épreuve des urnes.
À Phnom Penh, les chefs d’État et de gouvernement devront se prononcer sur l’avenir de la Francophonie et, surtout, sur la personnalité appelée à conduire l’organisation dans les années à venir.
Le 16 novembre 2026, la sérénité affichée par Louise Mushikiwabo se heurtera à la réalité du vote.

