Le ridicule ne tue pas, dit-on. Mais au Cameroun, il est en train de tuer à petit feu l’image des Lionnes indomptables, victimes d’une opération marketing tellement grossière qu’elle frôle le sabotage. Alors que la sélection féminine est en stage de préparation pour la Coupe d’Afrique des nations féminine prévue au Maroc, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a eu l’idée saugrenue d’organiser une mise en scène avec son partenaire Sky Motor’s. Toutes les joueuses, filmées au même endroit, descendant du même véhicule, dans la même posture, les mêmes sourires plaqués, comme des figurines interchangeables. Une opération de communication tellement artificielle qu’elle a provoqué l’hilarité sur les réseaux sociaux et la consternation chez les vrais amoureux du football. La Fecafoot, en voulant singer les arrivées clinquantes de l’équipe de France, a transformé les Lionnes en pantins d’une publicité ratée.
Pourtant, l’intention était peut-être bonne, mais la réalisation est d’une pauvreté affligeante. Faire défiler une vingtaine de joueuses, une par une, devant le même véhicule, à la même heure, sous le même angle, donne un résultat plus proche d’un spot de supermarché que d’une campagne de valorisation sportive. Les Lionnes, qui méritent du respect pour leur parcours et leurs performances, ont été réduites à un accessoire marketing, à des figurantes empressées de plaire à un sponsor dont on se demande ce qu’il apporte vraiment au football féminin. Cette opération, aussi maladroite que prévisible, a eu l’effet inverse de celui recherché : elle a ridiculisé les joueuses, ridiculisé la Fecafoot, et ridiculisé le partenaire Sky Motor’s.
Mais ce n’est pas seulement une question d’image ou d’esthétique. C’est un symptôme de la gestion chaotique de la Fecafoot, qui ne sait plus où donner de la tête entre les scandales financiers, les conflits internes et les opérations de communication hors-sol. Depuis l’arrivée de Samuel Eto’o à la présidence, les dérives se sont multipliées, et la fédération semble avoir perdu tout sens des priorités. Pendant que les Lionnes peinent à obtenir des primes décentes, des conditions d’entraînement dignes et des équipements corrects, la Fecafoot dépense du temps et de l’argent à filmer des joueuses en train de monter dans des voitures de luxe. Le spectacle est pitoyable, et les Camerounais, amoureux de leur équipe nationale, ne s’y trompent pas. Les commentaires fusent : « On nous prend pour des imbéciles », « C’est une insulte à notre intelligence », « Les Lionnes méritent mieux que cette mascarade ».
Sky Motor’s, de son côté, a vu ses ventes s’effondrer depuis qu’il a signé ce partenariat avec la Fecafoot. Ironie du sort, l’opération censée renforcer la marque a produit l’effet inverse. Les consommateurs, qui associent désormais Sky Motor’s à la gestion calamiteuse de la Fecafoot, boudent le concessionnaire. Les réseaux sociaux sont inondés de montages moqueurs, comparant les Lionnes à des mannequins de show-room. En voulant singer les grandes campagnes de l’équipe de France, la Fecafoot et Sky Motor’s ont réussi un exploit : ridiculiser leurs propres athlètes et se ridiculiser eux-mêmes. Une leçon de marketing à l’envers, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.
Pendant ce temps, les vraies Lionnes, celles qui suent sur les terrains, celles qui se battent pour porter haut les couleurs du Cameroun, attendent qu’on les prenne au sérieux. Elles attendent des moyens pour préparer la CAN, des primes pour leurs familles, des infrastructures pour s’entraîner. Mais la Fecafoot préfère les mettre en scène dans une opération de communication téléphonée, sans âme, sans dignité. Les joueuses, disciplinées, ont joué le jeu, mais on devine dans leurs yeux la gêne de devoir se plier à ce numéro de cirque. L’image de marque des Lionnes, bâtie sur des décennies de combats et de succès, est aujourd’hui ternie par l’incompétence de ceux qui sont censés les défendre.
Il est temps que la Fecafoot comprenne que le football ne se joue pas dans les studios de marketing, mais sur les terrains. Il est temps de rendre aux Lionnes leur dignité, de leur offrir des conditions de travail décentes, de les respecter comme des athlètes professionnelles. L’opération Sky Motor’s n’est pas un simple faux pas, c’est un symptôme de la déconnexion totale entre les dirigeants du football camerounais et la réalité du terrain. Les Camerounais, eux, voient clair : ils préfèrent des Lionnes sales sur le terrain, mais triomphantes, plutôt que des playmobiles impeccables, mais ridicules. Le football camerounais mérite mieux que ces mascarades. Il mérite de la sincérité, de la transparence et du talent. Pas de la mise en scène.

