La colère gronde parmi les consommateurs africains. Dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des années de domination du marché de la télévision payante par Canal+, filiale du groupe français Vivendi, dans un environnement économique où le groupe Bolloré a longtemps exercé une influence considérable à travers divers secteurs stratégiques.
Pour de nombreux abonnés, la question n’est plus seulement celle du prix des abonnements, mais celle de la transparence et de l’équité. Des associations de consommateurs, des acteurs de la société civile et de simples citoyens demandent désormais des explications sur les mécanismes de fixation des tarifs, les augmentations successives des coûts d’abonnement et les conditions ayant permis à certains opérateurs étrangers de s’imposer durablement sur les marchés africains.
Une facture jugée de plus en plus lourde
Depuis plusieurs années, les consommateurs dénoncent une hausse régulière des dépenses liées à l’accès aux chaînes de télévision payantes. Entre les frais d’abonnement, les coûts de réabonnement et les équipements nécessaires à la réception des programmes, de nombreux ménages estiment avoir supporté une charge financière excessive.
Pour ces abonnés, le sentiment d’injustice est renforcé par le contraste entre les revenus moyens des populations africaines et les tarifs appliqués. Certains vont jusqu’à parler d’un véritable « pillage économique », estimant que des milliards de francs CFA quittent chaque année le continent au profit de groupes étrangers.
Le réveil des opérateurs locaux
Face à cette situation, les opérateurs locaux de câblo-distribution et de télévision numérique gagnent progressivement du terrain. Dans plusieurs pays, de nombreux consommateurs abandonnent les offres traditionnelles pour se tourner vers des solutions nationales ou régionales, souvent présentées comme plus accessibles et mieux adaptées aux réalités locales.
Cette évolution traduit une volonté croissante des populations de soutenir les entreprises africaines et de favoriser la circulation des richesses à l’intérieur du continent.
Les consommateurs réclament des comptes
Aujourd’hui, les critiques prennent une nouvelle dimension. Les consommateurs demandent davantage de transparence sur les revenus générés par les abonnements, les conditions d’exploitation des marchés africains ainsi que les relations entre les grands groupes internationaux et les autorités de régulation.
Pour eux, il est temps que les opérateurs rendent des comptes et expliquent clairement leur modèle économique. Ils souhaitent également que les États renforcent la protection des consommateurs et garantissent une concurrence plus équilibrée dans le secteur audiovisuel.
Un tournant pour l’audiovisuel africain
Au-delà du cas de Canal+ et des groupes qui lui sont associés, cette contestation met en lumière une aspiration plus profonde : celle de voir émerger un secteur audiovisuel africain plus souverain, plus compétitif et davantage tourné vers les intérêts des populations locales.
Alors que les débats se multiplient, une question demeure : les opérateurs historiques entendront-ils les revendications des consommateurs ou assistera-t-on à une accélération du mouvement de désaffection au profit des solutions africaines ?
Une chose est certaine : les consommateurs, longtemps silencieux, réclament désormais des comptes.

