Une nouvelle affaire explosive secoue l’administration territoriale camerounaise. Dans une correspondance adressée au Ministre de l’Administration territoriale, le Préfet du Wouri, Mvogo Sylvestre Moïse, brise le silence et dénonce ce qu’il qualifie de « cabale savamment orchestrée » autour d’un litige foncier portant sur une dépendance du domaine public routier située à Japoma-Bakoko, dans l’arrondissement de Douala.
Au cœur de cette affaire : le controversé homme d’affaires Nguefack Maurice, présenté dans le document officiel comme un « sulfureux prédateur foncier », accusé de vouloir s’approprier illégalement près de 4 000 m² du domaine public routier.
Une offensive contre le Préfet du Wouri
Dans sa lettre datée d’avril 2026, le Préfet du Wouri révèle que certains chefs traditionnels du canton Bakoko auraient été manipulés afin de signer une pétition contre sa personne, l’accusant faussement de spoliation foncière.
Le haut fonctionnaire affirme même que cette opération aurait été encouragée par le Gouverneur de la Région du Littoral. Selon ses déclarations, ce dernier aurait réuni des chefs du Ngondo à l’aéroport international de Douala afin de les pousser à rédiger un pamphlet contre lui.
Des accusations d’une gravité exceptionnelle qui traduisent l’existence d’une guerre interne autour du contrôle des terres à Douala, devenue depuis plusieurs années l’épicentre des réseaux de prédation foncière.
Nguefack Maurice, acteur cité au centre du dossier
Le document du Préfet est particulièrement accablant envers Nguefack Maurice. Le représentant de l’État indique que ce dernier détiendrait déjà un titre foncier de neuf hectares mais chercherait malgré tout à récupérer les 4 000 m² appartenant au domaine public routier.
Le Préfet insiste sur un point majeur : les autorisations d’occupation du domaine public routier auraient été légalement délivrées par le Ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières. Selon lui, les contestataires devraient saisir les juridictions administratives s’ils estiment ces actes illégaux, au lieu d’organiser des campagnes de dénigrement.
Plus grave encore, le Préfet affirme que sa « mort viendrait du fait » qu’il aurait refusé de pactiser avec ce qu’il appelle « ce cartel de prédateurs fonciers ».
Où est passée la commission mixte gendarmerie-police ?
Cette affaire soulève désormais une question brûlante au sein de l’opinion publique : où est passée la commission mixte gendarmerie-police censée lutter contre les désordres fonciers et les occupations illégales ?
Depuis plusieurs années, cette commission a multiplié descentes et opérations musclées contre de simples citoyens. Pourtant, dans les dossiers impliquant de puissants réseaux fonciers, le silence des autorités sécuritaires devient assourdissant.
De nombreux observateurs s’interrogent : certains membres de cette commission auraient-ils reçu des parcelles ou des faveurs foncières en échange de leur silence ? Comment expliquer qu’un opérateur présenté dans des documents administratifs comme un « prédateur foncier » continue d’agir avec autant d’assurance ?
Dans les quartiers populaires de Douala, beaucoup dénoncent désormais un système d’impunité où certains acteurs se considèrent comme intouchables, affichant leur puissance financière et leurs relais administratifs comme un bouclier contre toute poursuite.
La bataille du foncier à Douala prend une tournure explosive
Le foncier est devenu l’un des secteurs les plus sensibles du Cameroun. À Douala, capitale économique du pays, la flambée des prix des terrains a favorisé l’émergence de réseaux mêlant hommes d’affaires, agents administratifs, notables et parfois forces de sécurité.
Des familles entières affirment avoir été dépossédées de leurs terres. Des réserves administratives et des dépendances du domaine public auraient été morcelées et revendues dans l’opacité totale.
L’affaire Japoma-Bakoko pourrait ainsi révéler une fracture profonde au sommet de l’administration territoriale camerounaise.
Le Préfet réclame une enquête officielle
Face à cette situation, le Préfet du Wouri demande officiellement l’ouverture d’une enquête afin de faire toute la lumière sur cette affaire.
Dans une conclusion au ton inhabituellement personnel, le haut fonctionnaire rappelle que sa vocation première était la charge presbytérale avant son entrée dans l’administration. Il affirme vouloir rester fidèle à la vérité malgré les pressions.
Une déclaration forte qui montre à quel point cette affaire dépasse désormais le simple cadre d’un litige foncier pour devenir un véritable scandale politico-administratif.
L’opinion publique attend désormais une réaction claire du gouvernement camerounais. Car derrière le dossier Japoma-Bakoko, c’est toute la crédibilité de la lutte contre les prédateurs fonciers qui est aujourd’hui mise à l’épreuve.

