Douala : enquête sur les réseaux de prédation foncière et les complicités qui alimentent le chaos
Quand la terre devient un terrain de spéculation et d’influence
À Douala, capitale économique du Cameroun, les conflits fonciers se multiplient à un rythme inquiétant. Derrière les batailles judiciaires, les expulsions controversées et les doubles attributions de terrains, de nombreux citoyens dénoncent l’existence de véritables réseaux de prédation foncière opérant avec la complicité présumée de certains agents publics et intermédiaires influents.
Dans plusieurs quartiers de la ville, notamment dans les zones à forte valeur immobilière, des familles affirment avoir perdu leurs terrains à la suite de procédures administratives contestées, de titres fonciers litigieux ou de décisions prises sans consultation préalable des occupants historiques. Ces situations alimentent un climat de méfiance généralisée envers les institutions chargées de la gestion du foncier.
Selon plusieurs observateurs, la prédation foncière repose souvent sur un mécanisme bien rodé : repérage de terrains stratégiques, multiplication de documents contradictoires, interventions d’intermédiaires influents, puis recours à des décisions administratives ou judiciaires contestées. Les victimes, souvent dépourvues de moyens financiers suffisants, se retrouvent engagées dans de longues procédures dont l’issue demeure incertaine.
Des affaires récentes ont mis en lumière l’ampleur des tensions foncières dans la région du Littoral. Plusieurs enquêtes médiatiques et décisions administratives ont révélé l’existence de contentieux portant sur des titres fonciers, des réserves administratives ou des terrains faisant l’objet de revendications concurrentes. Les autorités elles-mêmes reconnaissent la nécessité de renforcer la gouvernance foncière et de lutter contre les occupations irrégulières ainsi que les fraudes documentaires.
Pour de nombreux acteurs de la société civile, le véritable problème réside dans les complicités internes qui permettraient à certains réseaux de prospérer. Des fonctionnaires corrompus, des agents cadastraux peu scrupuleux et des intermédiaires bénéficiant de protections diverses sont régulièrement cités dans les témoignages recueillis par les associations de défense des droits fonciers. Ces allégations nécessitent toutefois des enquêtes approfondies et contradictoires afin d’établir les responsabilités individuelles.
Face à cette situation, les victimes réclament la création d’une commission d’enquête indépendante chargée d’examiner les principaux dossiers fonciers litigieux de Douala. Elles demandent également la numérisation complète des archives foncières, la publication systématique des procédures d’attribution et le renforcement des sanctions contre les auteurs de fraudes.
Les experts estiment que la sécurisation du foncier constitue un enjeu majeur pour le développement économique de la métropole. Sans garanties juridiques solides, les investissements sont fragilisés, les tensions sociales s’exacerbent et la confiance dans les institutions s’érode progressivement. Les autorités ont d’ailleurs engagé plusieurs réflexions et actions visant à améliorer la gouvernance foncière et à lutter contre les irrégularités constatées dans le secteur.
Au-delà des affaires individuelles, la question foncière à Douala pose celle de la transparence, de l’État de droit et de la protection effective des droits de propriété. Pour de nombreux citoyens, seule une volonté politique forte, accompagnée d’enquêtes impartiales et de sanctions exemplaires, permettra de mettre fin aux réseaux de prédation qui continuent de prospérer au détriment des populations.

