L’efficacité d’un port moderne ne se mesure plus uniquement à la qualité de ses infrastructures. Elle dépend également de la rapidité des contrôles, de la fluidité des procédures et de la capacité des institutions à éviter tout point de blocage.
Au Cameroun, la place occupée par SGS dans les opérations de scanning et dans la délivrance du certificat CIVIC pose aujourd’hui une question stratégique : un seul opérateur peut-il concentrer des responsabilités aussi déterminantes sans créer un risque systémique pour l’économie nationale ?
Les faits montrent que toute interruption ou ralentissement dans ces opérations entraîne une paralysie de nombreux secteurs. Les véhicules restent bloqués dans les ports, les équipements industriels ne rejoignent pas leurs chantiers, les investissements sont retardés et les coûts logistiques augmentent considérablement.
Au-delà des pertes financières pour les entreprises, c’est la crédibilité du Cameroun comme plateforme logistique régionale qui est en jeu. Les investisseurs recherchent avant tout la prévisibilité, la rapidité et la sécurité juridique. Des procédures ralenties fragilisent cette confiance et peuvent détourner les flux commerciaux vers d’autres ports africains.
Cette situation relance le débat sur la gouvernance des fonctions portuaires stratégiques. Plusieurs pistes méritent d’être examinées : renforcer le contrôle public, accélérer la digitalisation des procédures, instaurer des mécanismes d’évaluation indépendants, développer des solutions de continuité de service et favoriser une concurrence encadrée lorsque cela est pertinent.
L’objectif n’est pas de remettre en cause le rôle des opérateurs privés, mais de garantir que la continuité des activités économiques ne dépende jamais d’un seul maillon de la chaîne.
Dans un contexte de mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la fluidité logistique devient un avantage concurrentiel décisif. Les pays qui maîtriseront leurs délais d’importation attireront davantage d’investissements, renforceront leur commerce extérieur et consolideront leur position régionale.
Le Cameroun dispose d’atouts portuaires majeurs. Pour les valoriser pleinement, il devra faire de la résilience de sa chaîne logistique une priorité nationale. Car la souveraineté économique ne repose pas uniquement sur les ressources naturelles ; elle dépend aussi de la capacité d’un pays à garantir la libre circulation de ses échanges et la confiance de ses partenaires.

