L’État passe à l’offensive pour récupérer des milliards perdus et sécuriser le réseau national
Le gouvernement camerounais a décidé de frapper fort contre l’un des marchés informels les plus lucratifs du pays : celui des téléphones portables introduits frauduleusement sur le territoire national. À la manœuvre, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, qui entend accélérer une réforme stratégique destinée à mettre fin à une hémorragie fiscale qui coûte chaque année des milliards de francs CFA à l’État.
Dans une correspondance adressée aux opérateurs de téléphonie mobile, le patron des finances publiques exprime son mécontentement face à la lenteur observée dans l’application des mesures arrêtées lors de la concertation du 22 mai 2026 avec la Direction générale des Douanes. Un rappel à l’ordre qui traduit la détermination des autorités à mettre en œuvre sans délai un dispositif présenté comme un tournant majeur dans la lutte contre la fraude douanière.
Des milliards qui échappent encore au Trésor public
Depuis plusieurs années, le Cameroun fait face à une prolifération de téléphones portables importés en dehors des circuits légaux. Ces appareils, introduits sans paiement des droits et taxes exigibles, alimentent un vaste marché parallèle qui prive l’État de ressources financières considérables.
Pour les autorités, cette situation n’est plus tenable. Alors que les besoins de financement des infrastructures, de l’éducation, de la santé et de la sécurité ne cessent de croître, chaque téléphone non dédouané représente un manque à gagner pour les finances publiques.
La réforme engagée vise donc à instaurer une traçabilité complète des terminaux numériques importés au Cameroun afin de garantir le paiement effectif des taxes douanières.
Le verrou technologique des IMEI
L’arme principale choisie par le gouvernement repose sur l’exploitation des codes IMEI, ces identifiants uniques attribués à chaque téléphone mobile dans le monde.
Contrairement à certaines rumeurs relayées sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas de couper les lignes téléphoniques des abonnés. Le dispositif prévoit plutôt l’identification et, le cas échéant, la restriction de l’accès au réseau des appareils non enregistrés dans la plateforme officielle de suivi.
En clair, un téléphone introduit frauduleusement pourrait devenir inutilisable sur les réseaux camerounais tant que sa situation douanière n’est pas régularisée.
Cette mesure, déjà expérimentée dans plusieurs pays africains, vise à rendre la contrebande économiquement moins attractive.
Les opérateurs désormais sous pression
Le message adressé aux sociétés de téléphonie est sans ambiguïté : elles devront jouer un rôle central dans l’application de la réforme.
Louis Paul Motaze rappelle que les opérateurs pourraient voir leur responsabilité engagée en cas de connexion au réseau d’appareils non conformes aux exigences douanières. Une disposition qui place les entreprises du secteur au cœur du dispositif de contrôle et de surveillance.
Cette nouvelle responsabilité devrait conduire les opérateurs à renforcer leurs mécanismes techniques afin d’identifier rapidement les terminaux irréguliers.
Un enjeu fiscal mais aussi sécuritaire
Au-delà des recettes fiscales, le gouvernement met également en avant la dimension sécuritaire de la réforme.
La maîtrise des équipements connectés au réseau national constitue un enjeu majeur dans un contexte marqué par la montée des cybermenaces, des fraudes électroniques et de diverses formes de criminalité utilisant les technologies mobiles.
Pour les autorités, disposer d’une meilleure visibilité sur les terminaux actifs sur le territoire contribue à renforcer la sécurité numérique du pays.
Une réforme test pour la modernisation de l’État
En engageant ce bras de fer contre la contrebande des téléphones portables, le gouvernement joue une partie importante de sa crédibilité en matière de modernisation fiscale et de digitalisation des contrôles douaniers.
Le signal envoyé est clair : l’ère de l’impunité pour les importations frauduleuses pourrait toucher à sa fin. Reste désormais à savoir si les opérateurs, les importateurs et les consommateurs adhéreront pleinement à cette réforme qui pourrait profondément transformer le marché camerounais de la téléphonie mobile.
Une chose est certaine : pour Louis Paul Motaze, la bataille contre la fraude douanière est désormais entrée dans une nouvelle phase, celle de l’action.

