Depuis sa nomination au ministère des Finances en mars 2018, Louis Paul Motazé est devenu une figure centrale de la politique budgétaire camerounaise. Entre assainissement du fichier solde, contrôle de la dépense publique, gestion de la dette et mobilisation des ressources, le ministre est au cœur d’un chantier aussi discret que stratégique : remettre de la rigueur dans les finances de l’État.
Dans un pays où chaque franc CFA compte, la gestion des finances publiques constitue un enjeu de souveraineté. Depuis son arrivée au ministère des Finances, Louis Paul Motazé s’est retrouvé en première ligne de cette bataille.
Son parcours explique en partie cette position. Administrateur civil formé à l’ENAM, passé par la CAMSHIP et Cameroon Airlines, ancien directeur général de la CNPS, puis ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire avant de devenir ministre des Finances, Motazé dispose d’une longue expérience de la gestion des institutions publiques. Le ministère des Finances rappelle notamment qu’il a été major de sa promotion à l’ENAM et qu’il a obtenu en France un DEA en droit public ainsi qu’un DESS en transport international.
Le grand chantier du fichier solde
L’un des marqueurs de son passage au MINFI reste l’opération de comptage physique des personnels de l’État lancée en 2018.
L’objectif était de confronter les fichiers administratifs à la réalité du terrain afin d’identifier les situations irrégulières et de mieux maîtriser la masse salariale.
Les premiers résultats ont été significatifs. Selon les documents du ministère, le comptage physique avait permis de réaliser plus de 30 milliards de FCFA d’économies en 2019, tandis que le gouvernement poursuivait le toilettage du fichier solde.
Le processus ne s’est d’ailleurs pas arrêté au simple recensement. Le MINFI indique qu’en 2018, plus de 310 000 travailleurs avaient été ciblés pour vérification et que, dès février 2019, les salaires de 15 254 agents soupçonnés d’être fictifs avaient été suspendus.
Cette opération a ainsi placé la lutte contre les dépenses salariales indues au centre de la réforme de la dépense publique.
De la chasse aux anomalies à la récupération des fonds
L’assainissement du fichier solde s’est poursuivi au fil des années.
En janvier 2025, le ministre indiquait qu’une opération de récupération des soldes versés sur des comptes d’agents fantômes avait permis de récupérer des fonds grâce notamment au blocage de 3 360 comptes bancaires.
Cette continuité montre que la réforme n’a pas été pensée comme une opération ponctuelle, mais comme un processus permanent de contrôle de la dépense publique.
L’enjeu est considérable : chaque rémunération indûment versée représente une ressource qui ne peut être consacrée aux infrastructures, à l’éducation, à la santé ou aux investissements publics.
La dette intérieure : l’autre bataille
Autre dossier sensible : la dette intérieure de l’État.
Sous la responsabilité de Louis Paul Motazé, le ministère a engagé des opérations d’audit et de vérification destinées à établir le niveau réel des créances dues par l’État à ses fournisseurs et autres prestataires.
En 2020, le MINFI expliquait que l’audit du stock de la dette intérieure au 31 décembre 2019 devait permettre de vérifier la sincérité des chiffres avancés et de mieux maîtriser la spirale d’endettement. Le stock était alors évalué à environ 2 000 milliards de FCFA selon les données citées par le ministère.
Aujourd’hui encore, l’apurement de la dette intérieure demeure inscrit parmi les priorités de la politique financière camerounaise. Lors du lancement du budget 2026, le MINFI a ainsi souligné la volonté de l’État de poursuivre progressivement cet apurement afin de rassurer les partenaires économiques. ([Ministère des Finances][5])
Un ministre face à une équation financière complexe
La mission de Louis Paul Motazé ne se limite donc pas au paiement des dépenses publiques. Elle consiste aussi à maintenir l’équilibre entre mobilisation des recettes, maîtrise des dépenses, gestion de la dette et financement du développement.
En juin 2026, le Cameroun a d’ailleurs participé au Forum de Paris consacré à la dette souveraine, avec Louis Paul Motazé comme représentant du pays. Le ministère a réaffirmé à cette occasion l’engagement du Cameroun en faveur d’une gestion prudente et responsable de la dette publique.
Dans le même temps, le ministre reste confronté à une réalité : financer les grands projets du pays tout en préservant la soutenabilité des finances publiques.
La rigueur comme ligne de conduite
Au fil des années, le nom de Louis Paul Motazé s’est donc associé à une même ligne directrice : faire davantage avec des ressources limitées et renforcer le contrôle de chaque dépense publique.
Comptage des personnels, nettoyage du fichier solde, récupération des fonds liés aux agents fictifs, audit de la dette intérieure, mobilisation des recettes et suivi de la dette publique : autant de chantiers qui témoignent d’une volonté de renforcer les mécanismes de contrôle financier de l’État.
À l’heure où le Cameroun poursuit sa transformation économique et cherche de nouveaux financements pour ses projets structurants, la question n’est plus seulement de trouver de l’argent.
Il faut aussi s’assurer que chaque franc mobilisé soit correctement comptabilisé, correctement dépensé et orienté vers les priorités nationales.
C’est sur ce terrain que Louis Paul Motazé joue une partie essentielle de sa mission au ministère des Finances : tenir les cordons de la bourse de l’État tout en préservant la crédibilité financière du Cameroun.

