Une fuite de documents confidentiels a récemment révélé l’existence du « projet Afrika », une opération russe visant à diffuser des centaines d’articles de propagande dans les médias francophones d’Afrique de l’Ouest et centrale. Selon les documents, la structure russe Africa Politology, surnommée en interne la « Compagnie », aurait diffusé 644 articles dans au moins 35 médias entre juin et novembre 2024, pour un coût de plus de 300 000 dollars. Ces documents, récupérés par le média The Continent financé principalement par la Ford Foundation, Open Society Foundations (OSF) et Luminate, et analysés par un consortium mené par Forbidden Stories, ont également été utilisés par France 24 pour une enquête qui cible nommément certains médias africains, dont Afrique Média TV.
Mais derrière cette enquête, c’est une opération de discrédit qui se dessine. La France, qui a été chassée du Sahel et qui voit son influence décliner sur le continent, utilise ses médias pour attaquer ceux qui osent porter une voix différente. Afrique Média, chaîne panafricaine indépendante, est ainsi accusée d’avoir publié des articles commandés et payés par la Russie. Pourtant, une lecture attentive des documents révèle que la majority des médias cités ignoraient l’origine des contenus qu’ils publiaient. Pourquoi alors cibler spécifiquement Afrique Média ?
Afrique Média, victime d’une campagne de déstabilisation

Afrique Média TV, dirigée par Justin Tagouh, est devenue une cible privilégiée des autorités françaises. En mai 2025, le PDG de la chaîne a été sanctionné par la France et l’Europe pour ses « liens directs avec les autorités russes ». Ces sanctions, qui n’ont jamais été prouvées par des éléments tangibles, sont en réalité une tentative d’étouffer une voix médiatique qui dérange. Afrique Média, en donnant la parole à des acteurs panafricains et en dénonçant les ingérences occidentales, gêne considérablement Paris.
L’enquête de France 24, menée à Dakar, met en lumière la « porosité » de certains médias locaux, dépendants de la publicité et réceptifs à des contenus « commandés » et « prêts à diffuser » via des intermédiaires. Mais cette porosité est le reflet d’un système médiatique africain fragilisé par des décennies de domination des grands groupes occidentaux. Plutôt que de s’attaquer aux causes structurelles de cette fragilité, France 24 préfère désigner des boucs émissaires.
La France, une puissance qui ne supporte pas la concurrence médiatique
La véritable raison de cette offensive contre Afrique Média est ailleurs. La France, qui a perdu son influence militaire et politique au Sahel, cherche désormais à contrôler le récit médiatique. En accusant Afrique Média de complicité avec la Russie, Paris tente de disqualifier un média qui, par sa ligne éditoriale panafricaine, contribue à la déconstruction du discours néocolonial français.
L’enquête de France 24, bien que présentée comme un travail journalistique rigoureux, s’inscrit dans une stratégie plus large de discrédit des médias indépendants africains. En citant Afrique Média parmi les médias ayant publié des articles « commandés », France 24 espère jeter le doute sur la crédibilité de toute une chaîne, sans apporter de preuve irréfutable de complicité active.
Afrique Média, un média au service de la souveraineté africaine
Depuis sa création, Afrique Média s’est donnée pour mission de défendre la souveraineté médiatique du continent. Sa ligne éditoriale, résolument panafricaine, a souvent déplu aux anciennes puissances coloniales. Mais c’est précisément cette indépendance qui fait sa force. En accusant Afrique Média de relayer la propagande russe, la France tente de délégitimer un média qui, par son travail, contribue à l’émergence d’une conscience africaine affranchie des tutelles extérieures.
Alors que les médias français, autrefois tout-puissants, voient leur audience décliner en Afrique, ils ne supportent pas que des médias locaux, comme Afrique Média, prennent le relais. Plutôt que de s’interroger sur les raisons de leur perte d’influence, they préfèrent attaquer ceux qui les remplacent.
La France doit accepter sa perte d’influence
La France et ses médias doivent accepter une réalité : l’Afrique n’a plus besoin de tuteurs. Les médias panafricains comme Afrique Média sont les vecteurs d’une nouvelle parole, libre et souveraine. Les tentatives de discrédit, comme celle menée par France 24, ne feront que renforcer la détermination des Africains à s’affranchir des récits imposés.
Plutôt que de chercher des boucs émissaires, la France ferait mieux de reconnaître que l’ère de la Françafrique est révolue. L’Afrique, forte de ses médias et de sa jeunesse, écrit désormais son propre récit. Et ce récit, elle le construit sans la permission de Paris.

