Un projet présenté comme une modernisation des transports aéroportuaires
La société Aéroports du Cameroun (ADC S.A.) a récemment lancé un appel à candidatures visant à mettre en place un service officiel de transport des passagers dans les aéroports internationaux de Douala et de Yaoundé-Nsimalen, en partenariat avec ALO Technologies SARL. Selon le communiqué officiel, cette initiative ambitionne d’offrir aux voyageurs un service de transport répondant aux standards internationaux, grâce à des véhicules haut de gamme et à une meilleure organisation de la desserte des plateformes aéroportuaires.
Cependant, cette annonce est loin de faire l’unanimité. Derrière ce projet présenté comme une réforme de modernisation, de nombreuses voix dénoncent une opération qui pourrait conduire à l’exclusion de centaines de chauffeurs de taxi exerçant depuis plusieurs années dans les aéroports camerounais.
Des accusations de racket et d’éviction des taximen
Selon des témoignages recueillis auprès de plusieurs acteurs du secteur, cette réforme cacherait en réalité une volonté d’écarter les taximen actuellement en activité. Des sources affirment que le directeur général des ADC, Thomas Owona Assoumou, aurait, par l’intermédiaire d’un proche, exigé le versement de sommes importantes de la part des chauffeurs afin qu’ils puissent continuer à exercer leur activité dans les enceintes aéroportuaires.
Les taximen concernés affirment avoir refusé de céder à ces demandes, qu’ils considèrent comme illégales. À la suite de ce refus, ils estiment que la création du nouveau dispositif de transport servirait désormais de prétexte pour les remplacer par un nouveau réseau de transporteurs sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures.
Ces accusations n’ont pas, à ce jour, fait l’objet d’une décision de justice établissant leur véracité, et les personnes mises en cause disposent de la présomption d’innocence.
Des centaines de familles menacées
Pour les chauffeurs concernés, les conséquences seraient particulièrement lourdes. Beaucoup exercent cette activité depuis de nombreuses années et vivent exclusivement des courses effectuées auprès des passagers des aéroports de Douala et de Yaoundé-Nsimalen.
Ils rappellent assurer quotidiennement le transport de milliers de voyageurs, nationaux comme étrangers, et estiment que leur expérience ainsi que leur parfaite connaissance des itinéraires constituent un véritable atout pour les usagers.
Selon eux, leur éviction entraînerait la perte de leur principale source de revenus et fragiliserait des centaines de familles.
Un directeur général déjà au cœur de controverses
Les détracteurs du directeur général des ADC rappellent également que celui-ci a déjà été cité dans plusieurs affaires ayant alimenté le débat public.
Ils évoquent notamment la polémique née en novembre 2025 autour d’un contrat de location d’un véhicule de fonction, dans lequel des interrogations avaient été soulevées sur un possible conflit d’intérêts concernant le bénéficiaire économique du contrat.
Ils rappellent également qu’en mai 2026, une plainte avait été déposée contre Thomas Owona Assoumou par un ancien employé de maison, lequel l’accusait notamment de séquestration arbitraire et de dénonciation calomnieuse. Là encore, ces faits relèvent d’allégations et leur traitement relève des autorités judiciaires compétentes.
Les taximen demandent l’intervention des autorités
Face à cette situation, les chauffeurs de taxi concernés appellent les pouvoirs publics à intervenir. Ils sollicitent notamment le ministère des Transports, les autorités administratives compétentes ainsi que les institutions de contrôle afin qu’elles examinent les conditions de mise en œuvre de ce projet et les accusations portées.
Ils demandent qu’une enquête indépendante puisse établir les faits, garantir la transparence de la réforme et préserver les droits des professionnels exerçant légalement dans les aéroports.
Pour ces chauffeurs, la modernisation des infrastructures aéroportuaires ne devrait pas se faire au détriment de ceux qui assurent depuis des années le transport des voyageurs. Ils souhaitent qu’un dialogue soit engagé afin de concilier amélioration du service et protection des emplois.
Au-delà de cette controverse, cette affaire relance le débat sur la gouvernance des entreprises publiques, la transparence dans l’attribution des marchés et la nécessité de protéger les travailleurs contre toute mesure qui pourrait être perçue comme arbitraire. Les autorités compétentes sont désormais attendues pour faire toute la lumière sur ce dossier et garantir que toute réforme respecte les principes de légalité, d’équité et d’intérêt général.

