Une coopération en phase de renforcement stratégique
La coopération entre le Tchad et la Russie connaît actuellement une dynamique nouvelle, placée sous le signe du renforcement stratégique. C’est dans ce contexte que le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Son Excellence le Dr Abdoulaye Sabre Fadoul, a reçu en audience, ce vendredi 12 juin 2026, l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie au Tchad, Son Excellence M. Vladimir Sokolenko. Cette rencontre, tenue au siège du ministère à N’Djaména, s’inscrit dans le cadre d’un dialogue régulier entre les deux capitales, désireuses d’approfondir leurs relations bilatérales.
Le sommet Russie-Afrique d’octobre 2026 en ligne de mire
Au cœur des échanges : les préparatifs du prochain sommet Russie-Afrique, prévu en octobre prochain. Ce rendez-vous continental, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement africains et leur homologue russe, est devenu une plateforme majeure de dialogue politique et économique. Pour le Tchad, il s’agit de tirer pleinement parti de cette tribune pour présenter ses priorités de développement (infrastructures, agriculture, énergie, sécurité) et nouer des partenariats concrets avec Moscou. L’ambassadeur Sokolenko a remis au ministre Sabre Fadoul des documents préparatoires, et les deux personnalités ont discuté de la composition de la délégation tchadienne.
Des accords bilatéraux en préparation
Dans la dynamique d’un dialogue régulier visant à renforcer les partenariats stratégiques entre les deux pays, le chef de la diplomatie tchadienne et le diplomate russe ont également évoqué les éventuels accords qui pourraient être signés en marge de ce sommet. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité (formation de militaires, fournitures d’équipements), de l’énergie (exploration pétrolière, construction de centrales solaires), de l’agriculture (mécanisation, engrais) et de la santé (production de vaccins). Une commission mixte pourrait être dépêchée à Moscou d’ici la fin du mois de juillet pour finaliser les textes.
Le Tchad, partenaire clé de la Russie en Afrique centrale
Le Tchad, pays vaste et stratégique, situé au carrefour de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest, est un partenaire important pour la Russie. N’Djaména a toujours entretenu des relations pragmatiques avec Moscou, sans les mêmes tensions que certains pays de l’AES (Mali, Burkina, Niger). Avec la montée des menaces terroristes dans le bassin du lac Tchad et la volonté de diversifier ses alliances, le président Mahamat Idriss Deby Itno a accéléré le rapprochement avec la Russie. La visite du ministre Sabre Fadoul à Moscou en début d’année avait déjà posé des jalons.
Le sommet d’octobre pour sceller une nouvelle étape
Le sommet d’octobre devrait permettre de sceller cette nouvelle étape. Si les accords envisagés sont signés, la Russie deviendrait l’un des trois premiers fournisseurs d’armes et de technologies agricoles du Tchad. En retour, le Tchad pourrait accorder des facilités portuaires ou aéroportuaires à des entreprises russes. Il est aussi question d’ouvrir une ligne aérienne directe entre N’Djaména et Moscou. Le président Deby Itno espère également attirer des investisseurs russes dans le secteur minier (or, uranium) et dans la transformation du coton.
Les attentes des populations tchadiennes
Les Tchadiens, qui subissent les effets d’une économie fragile et d’une insécurité persistante, regardent avec intérêt ce rapprochement. Beaucoup espèrent que les accords avec la Russie se traduiront par des emplois, des infrastructures et une meilleure sécurité. Les détracteurs, en revanche, craignent une nouvelle forme de dépendance et pointent du doigt l’engagement de Moscou au Mali et en Centrafrique, parfois critiqué pour ses conséquences sur les droits humains. Le gouvernement tchadien assure que la coopération avec la Russie se fera dans le respect des lois internationales et des intérêts nationaux.
Un sommet sous haute attente
Le sommet Russie-Afrique d’octobre 2026 est donc très attendu à N’Djaména. Les préparatifs vont s’accélérer dans les prochaines semaines. Le ministre Sabre Fadoul et l’ambassadeur Sokolenko se sont donné rendez-vous pour une nouvelle réunion de travail en juillet. Le Tchad, qui assume sa politique de « tous azimuts » en matière de partenariats, compte sur ce sommet pour conforter son ancrage dans le camp des pays africains souverainistes. Reste à voir si les annonces se traduiront par des projets tangibles sur le terrain. La population, elle, jugera sur les résultats.

