Quand les Camerounais financent l’information publique… puis paient encore pour y accéder
La colère monte au sein de l’opinion publique camerounaise. Au cœur de la controverse : l’accès aux chaînes publiques nationales, notamment la CRTV, qui semble aujourd’hui conditionné à un abonnement auprès de certains opérateurs de télévision payante.
Pour de nombreux citoyens, la situation est incompréhensible. D’un côté, ils contribuent déjà au financement de l’audiovisuel public à travers la Redevance Audio-Visuelle (RAV), prélevée directement sur les salaires. De l’autre, ils doivent souscrire à un abonnement mensuel pour continuer à recevoir certaines chaînes nationales diffusées via des bouquets payants.
Cette double contribution suscite un sentiment d’injustice grandissant.
La Redevance Audio-Visuelle au cœur du débat
Instaurée pour soutenir le fonctionnement de la Cameroon Radio Television (CRTV), la Redevance Audio-Visuelle constitue une contribution obligatoire pour des millions de travailleurs camerounais.
Chaque mois, des montants variables sont prélevés sur les salaires des agents publics, des employés du secteur privé et des entreprises parapubliques. Selon plusieurs estimations relayées dans le débat public, les recettes générées par cette redevance pourraient représenter plusieurs dizaines de milliards de francs CFA par an.
Pour les défenseurs d’une réforme du système, une question essentielle demeure : si les citoyens financent déjà le service public audiovisuel, pourquoi doivent-ils encore payer pour accéder à ce même service ?
L’accès à l’information transformé en service payant ?
Avant la généralisation de la télévision numérique terrestre, les chaînes publiques pouvaient être captées gratuitement grâce aux antennes traditionnelles dans de nombreuses localités.
Aujourd’hui, de nombreux consommateurs estiment que la situation a évolué au détriment des ménages les plus modestes.
À l’expiration d’un abonnement de télévision payante, certaines chaînes publiques deviennent inaccessibles sur certains décodeurs. Une réalité qui choque de nombreux observateurs, pour qui l’information publique ne devrait jamais dépendre du pouvoir d’achat des citoyens.
« Comment peut-on financer une chaîne toute l’année et se retrouver privé du journal télévisé parce qu’on n’a pas renouvelé son abonnement ? », s’interrogent plusieurs usagers.
Un modèle unique en Afrique centrale ?
Les comparaisons avec d’autres pays africains alimentent davantage la polémique.
Au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou encore au Mali, les chaînes publiques restent généralement accessibles gratuitement via les dispositifs de télévision numérique terrestre. L’objectif est de garantir à tous les citoyens un accès permanent à l’information nationale.
Au Cameroun, les critiques estiment que le système actuel crée une barrière financière qui pénalise particulièrement les couches sociales les plus vulnérables.
Les zones d’ombre
Au-delà de la question de l’accès aux chaînes publiques, plusieurs acteurs de la société civile réclament davantage de transparence.
Ils souhaitent notamment connaître :
Le montant exact des recettes générées chaque année par la RAV ;
Les mécanismes de redistribution de ces fonds ;
Les accords conclus entre les autorités compétentes et les opérateurs de diffusion ;
Les garanties prévues pour assurer l’accès universel à l’information publique.
Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un débat économique, mais également d’une question de gouvernance et de droit à l’information.
Une revendication qui gagne du terrain
De plus en plus de voix s’élèvent pour demander la diffusion permanente et gratuite des chaînes publiques nationales, indépendamment de tout abonnement commercial.
Les défenseurs de cette position rappellent que l’information publique constitue un bien commun et qu’elle ne devrait pas être soumise aux mêmes règles que les contenus premium ou sportifs.
Alors que le débat prend de l’ampleur, une question demeure : le Cameroun doit-il revoir son modèle de diffusion audiovisuelle afin de garantir à chaque citoyen un accès libre aux médias financés par ses propres contributions ?
Pour de nombreux observateurs, le sujet dépasse désormais le simple cadre de la télévision. Il touche directement à la relation de confiance entre l’État et les contribuables.

